Le Magazine de l'UCR
je m'abonne
Espace diffuseur
Loisirs › Témoins

Luc Cloche

Mai a été la suite d'une longue gestation syndicale et politique .
Etudiant aux Beaux Arts de Rouen en architecture. J'ai été viré autoritairement par le patron de l'école (sbire de Lecanuet) pour avoir déclenché et entretenu la grève, je fus, bien que catalogué « gauchiste » défendu, notamment, par les militants de la CGT étudiants-salariés, ainsi que par les adhérents du PCF de l'école, et réintégré de force en assemblée générale.

Pris pour cible

Une anecdote, alors que nous montions la garde à la fac de lettres, fac encerclée par les forces de l'ordre, une voiture a pénétré sur le parking et stoppé à 10 m devant les fenêtres, son chauffeur m'a pris pour cible en vidant le chargeur de sa « 22 long riffle » et je n'ai été sauvé que par la présence d'esprit d'un des responsable du S.O. qui en se précipitant sur moi m'a plaqué au sol.
Des témoins affirmèrent avoir reconnu ce conducteur, un flic membre de l'ex OAS...

Une autre, en pleine grève, nous avons collectivement décidé d'une forme active pour aider un camarade (en travaillant sur son projet de diplôme ) pour qu'il soit prêt à le passer dès la fin des grèves (il était entré à l'école en ...1944) dernière chance pour lui de l'obtenir (sinon, c'était un divorce à la clef), et nous « grattions » ses plans, dans l'atelier, pour qu'il les présente en fin de grève, et gare à qui aurait tenté quelque sabotage que ce soit...

Et entre temps les « commissions » pour trouver des solutions d'études qui permettraient à tous d'accéder et de suivre des études correctes et intéressantes, des discussions parfois houleuses avec des ouvriers grévistes ou non, des tracts aux portes des usines rouennaises, doublé des manifs et d'actions diverse auprès de la population etc, car nous avions bien compris que sans la classe ouvrière nous ne pouvions rien du tout, ainsi que l'a chanté, par la suite, Colette Magny.

Vers une forme d'autogestion

Mais au delà de ces péripéties, nous étudiants en architecture qui avions une structure d'enseignement plutôt corporatiste (et dépendante du ministère de la Culture) avec un « patron » d'atelier, ... allions obtenir une certaine forme « d'autogestion » de nos études.
Ainsi, chaque école (Unité Pédagogique) serait structurée avec un conseil de gestion qui n'avait qu'un rapport lointain avec celui de la loi « Faure » sur l'université, avec une autonomie de décision large pour chaque Unité Pédagogique dans ce cadre.

Ainsi, à Rouen le conseil de gestion :

1) Déterminait le nombre, le montant des bourses nécessaires, ainsi que les bénéficiaires (ce qui évitait que les fils à papa ne s'en servent pour payer l'essence de leur voiture de sport comme précédemment), avec accès à ces bourses pour les étudiants étrangers et/ou en situation irrégulière...
2) Nommait et révoquait les enseignants que nous choisissions (fini les patrons « prix de Rome » qui distillaient l'idéologie bourgeoise),
3) Pouvait acheter dans la limite des crédits décidés par nos élus tout ouvrage intéressant quel qu'il soit (plus de censure),
4) Déterminait les programmes dont nous avions besoin, et veillait à leur mise en œuvre,
5) Le tout en fixant un cursus universitaire de trois cycles de deux ans calqué sur celui de l'université, alors que jusqu'alors on passait son diplôme d'architecte, sur un cycle de deux « classes », et ce, vers 30 et quarante ans....
6) Fini la suprématie du bac « Math Elem » pour faire ces études, et accès à des cours spécifique de mise à niveau scientifique pour tous les inscrits qui en sentiraient la nécessité fut mis en place,
7) Suppression du concours d'admission / numérus clausus pour intégrer, ce qui sera effectif de fait en Novembre 68.

Et ceci n'est pas exhaustif, mais suffisamment important pour que nous, contestataires de l'UNEF d'alors à l'école de Rouen décidons de soutenir ces acquis, tout en étant opposé à la tendance « UNEF-Renouveau » qui soutenait mordicus la réforme de l'université, et la notre, et ne voyait en nous que de mauvais troublions.

Des gains substanciels

Nous avions alors obtenu une grande partie de ce que nous réclamions.
Nombre de nos camarades d'autres Unités Pédagogiques, de la même tendance que nous (UNEF Beaux-Arts) contestaient ces accords, mais, malgré nos divergence nous nous rejoignions, par contre tous, pour nous opposer à la loi « Faure » de l'Université.

Telle a été la contradiction que je dû, comme d'autre, résoudre, et le réel s'en chargera bien vite.

Passer, ensuite, du statut étudiant, où nous vivions en « bande » dans un microcosme , à celui de militant vivant chez lui, (avec les sujétions financières que cela supposait), même si mon adhésion à la CGT, dès mon premier emploi, allait de soi, amenait d'autres pratiques engendrant des enrichissements théoriques au travers du rapport de force, avec surtout la découverte des acquis du monde du travail, que nous pouvions utiliser, acquis, dont l'image de Juin que nous retenions, à l'époque, n'était que celle des sifflement des camarades de Billancourt refusant les (premiers) accords de Grenelle...car le reste, dans nos tripes, nous ne le vivions pas.

Une dernière précision, la grande bourgeoisie a mis du temps (plus de douze ans) à rogner nos acquis rouennais, qui n'étaient finalement que régionaux, mais elle a réussi, au nom d'une certaine rationalité de gestion comptable qui se devait d'être nationale, à faire entrer tout le monde dans le rang de ses normes.

Mais elle n'a, à ce jour, pas gagné, loin de là, même si elle s'imagine avoir enrayé l'histoire, et aujourd'hui pour nombre d'entre nous qui nous retrouvons à la CGT retraité,e,s, ces discustions ne sont closes, mais cette fois avec un autre regard, en respectant nos différences, et en se battant tous ensemble, avec les décisions prises pour point d'appui.

Luc Cloche

Préparer ma retraite
Vous vous interrogez sur la date exacte de votre départ à la retraite.Sur la date à partir de laquelle vous devez faire valoir vos droits à la retraite, les démarches à entreprendre, le montant de votre ou vos pensions...

Lire la suite

Mes droits en chiffres
Retraites, Pensions, Allocations, Minima, Sécurité sociale, CMU, APA, SMIC, RSA; Prix, Loyers...

Lire la suite

Ce qu'il faut savoir
L'habilitation familiale, alternative à la tutelle Nouvel article

Lire la suite

Temoins mai 68
Alain Guichard

1968 : une année bien remplie pour Alain, qui, quelques mois après son service militaire et tout jeune fonctionnaire aux impôts entame une grève de 35 jours, prélude à mai 68...

Lire la suite