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Musique. Un festival de surprises

Concerts mystère, lieux insolites et une bonne dose de solidarité : c’est avec cette recette que, depuis 17 ans dans les Hauts-de-France, les Nuits secrètes transforment la petite ville d’Aulnoye-Aymeries. Enfilons l’indispensable masque de chat et partons pour l’Avesnois.

Avec ses maisons en brique rouge, ses magasins aux rideaux baissés, et son taux de chômage à plus de 20%, rien ne prédestinait Aulnoye-Aymeries à devenir un lieu de culture. Située au cœur des vallons de l’Avesnois, la ville de 9000 habitants cristallise tous les clichés du Nord désindustrialisé. Pourtant, depuis 2002, la petite cité a réussi à séduire un public de fidèles avec les Nuits secrètes. Chaque dernier week-end de juillet, ce festival atypique envahit le cœur de la ville communiste qui se transforme pour accueillir des dizaines de milliers de festivaliers.

Alain Bashung, Bernard Lavilliers, Neneh Cherry, Alain Souchon ou Julien Doré : au fil des éditions, la scène principale a résonné des voix de grands noms. Grande fête populaire où se croisent habitants, amateurs de musique, fêtards, familles avec poussette ou retraités de passage, Les Nuits secrètes sont également connues pour leur programmation éclectique. Un subtil mélange pour combler le fan de hip-hop, le passionné de musique électronique, de rock indé ou de chanson française.

Les parcours secrets

Toutefois, il a fallu plus que de belles affiches pour franchir, en 2015, la barre des 70 000 festivaliers – et devenir le deuxième festival des Hauts-de-France derrière le tentaculaire Main Square d’Arras. Ce qui fait la renommée – et le charme sans pareil – de l’évènement, ce sont ses « parcours secrets » : des concerts mystérieux dans des lieux inconnus. « Vous êtes nostalgique de l’esprit des colonies de vacances ? », interroge ainsi le site des Nuits secrètes. « Vous voudriez tant que cela recommence ? » Alors accrochez-vous.

Une fois montés dans les bus aux vitres calfeutrées, les spectateurs ont une seule certitude : celle d’écouter un des artistes programmés en tout petit comité et dans un lieu original. Grange, château, ancien moulin, piscine municipale, abbaye ou chapelle de village… En tout, ce sont quatorze « parcours » qui subliment chaque édition. Une occasion pour les mélomanes curieux de visiter le patrimoine méconnu de la « petite Suisse du Nord ».

Du jardin à l’Eden

Pour compléter l’aventure musicale, une friche industrielle désaffectée a été transformée en scène à ciel ouvert. Ce squelette d’acier– jadis usine de bombes – a été baptisé l’Eden. Peut-être parce qu’il remplace le Jardin, scène autrefois installée dans un écrin de verdure. Ou peut-être parce que les concerts y ont un petit goût de paradis.

Les plus vaillants finissent la nuit sur les rythmes électronique à la Bonne Aventure avant de rejoindre le camping au petit matin.

Longtemps, l’accès à la scène principale du festival a été gratuit pour tous. Le but était clair : rendre la culture accessible au plus grand nombre, notamment aux plus modestes. Mais en 2016, la barbarie qui a frappé la cossue Nice, à mille kilomètres de là, a aussi mis fin à cette belle utopie. Le festival a dû investir dans la sécurité, sous peine de se voir annulé. Résultat, un surcoût de 128 000 euros, l’année même où le festival perdait 200 000 euros de subventions. La grande scène devient alors payante, pour ne pas mourir. Et une partie de l’âme du festival s’envole.

Paradis pas si perdu

La fête foraine qu’il fallait jadis traverser pour arriver à la grande scène avait déjà disparu, sonnant le glas d’un brassage jubilatoire de mondes qui ne se croisent pas assez souvent. Finie aussi la plage aménagée où les festivaliers dansaient pieds nus, terminés les petits concerts à tous les coins de rues… Aux 350 « agents secrets » – les bénévoles qui font vivre les Nuits secrètes – sont venus s’ajouter des agents de sécurité et des militaires de l’opération Sentinelle. Pour autant, le festival l’assure : « les Nuits secrètes n’oublient jamais d’où elles viennent. D’une fête populaire locale. »
« On n’est pas sérieux quand on a 17 ans », écrivait Rimbaud. Pour sa 17ème édition, Les Nuits sont bien obligées de l’être un peu. Ce qui n’empêche pas les belles choses qui font l’ADN du festival de perdurer. Les prix restent modiques : moins de dix euros par parcours secret et moins de cent euros pour trois jours de festivités, accès à toutes les scènes et camping inclus. Même dans la tourmente, le festival n’oublie pas de jouer sur la corde solidaire, avec sa billetterie suspendue. Sur le modèle du « café en attente » où les clients des bistrots peuvent payer le café d’une personne dans le besoin, les festivaliers peuvent faire un don en achetant leur billet pour payer celui des plus démunis.

Au rythme de la solidarité

Pour chaque euro de subvention investi dans le festival, deux sont récupérés par les Aulnésiens. Aux Nuits secrètes, on ne brasse pas que les classes sociales et les générations, le festival a sa propre bière. Celle d’un petit producteur local. Le jus de pommes servi sur les différentes scènes vient lui aussi du coin. Les habitants de la ville sont appelés à profiter économiquement de leur festival. Repas spécial « Nuits », tee-shirts, ou biscuits à l’effigie de la mascotte du festival… Certains commerçants font 40% de leur chiffre d’affaire annuel en trois jours. Et c’est aussi ça l’esprit des Nuits.

Depuis 2011, l'Association Les Nuits Secrètes a encore mis sur pied une chorale qui rassemble une vingtaine de seniors des alentours. Tous les ans, avec leur répertoire rock, hip-hop ou punk, « The Mamys and the Papys » triomphent sur scène. Les habitués se souviendront d’un live déjanté avec Philippe Katerine.
Cette année, les Nuits secrètes dévoileront leurs mystères les 27, 28 et 29 juillet. Parmi les artistes déjà annoncés le rappeur Gaël Faye connu pour son roman Petit pays, Goncourt des lycéens en 2016, Juliette Armanet, Jain (victoire de la musique en 2017), les rockeurs britanniques d’Alt-J, le prodige électro Petit Biscuit, la sensation afro-punk Tshegue ou Shaka Ponk.

Camille Drouet

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