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Loisirs › Témoins

Henri Tronchon

9 millions de grévistes avec occupation des entreprises pendant plusieurs semaines par les ouvriers, les employés, les techniciens et cadres : c’était du jamais vu dans notre pays.
Comme le soulignait Benoît FRACHON « ce premier grand affrontement entre la classe ouvrière et les monopoles » allait marquer l’histoire sociale de notre pays.

Uni, revendicatif, organisé, agissant pour ses intérêts particuliers et généraux, le monde du travail put résister aux mauvais coups et conquérir des grandes avancées sociales.
Cela expliqua la hargne du MEDEF et de Nicolas SARKOSY voulant gommer « 1968 » des mémoires par craintes de nouvelles poussées sociales et travestissant la vérité en mettant notamment en avant, avec les médias, le rôle de quelques agités et COHN-BENDIT.

Les témoins, que sont les travailleurs, de ces magnifiques évènements ont tout intérêt a témoigner sur la réalité de ces luttes, modestement, avec documents, photos à l’appui pour faire toute la vérité et contribuer aujourd’hui a renforcer le combat des actifs, des retraités et des privés d’emplois pour gagner une vie sociale digne du 21ème siècle.

Parmi tant d’autres témoins, je veux souligner deux périodes que j’ai vécu alors.

TAXI DE NUIT

A la veille des évènements de Mai, je dirigeais un stage national au centre éducatif de la CGT à Courcelles sur Yvette dans la région parisienne. Le mercredi après-midi nous apprenons que les travailleurs de Renault Billancourt cessaient le travail, atelier par atelier, et décidaient l’occupation de l’usine.
Ce démarrage du mouvement par les salariés de la « forteresse ouvrière » qui les premiers avaient acquis la troisième, puis la quatrième semaine de congés payés s’effectuait au lendemain de l’occupation avec grève illimitée des métallos de Sud-Aviation à Bouguenais en Loire Atlantique.

Pour souligner combien le climat était orageux dans le pays, rappelons qu’une semaine auparavant les travailleurs de la CAFL à Saint Etienne avaient débrayé et occupé leur usine, puis repris le travail. Le 17 mai, ils débrayeront à nouveau et à nouveau occuperont leur entreprise.

Un Comité Confédéral National exceptionnel de la CGT est réuni à Paris le vendredi :
- Le festival national de la jeunesse est ajourné et reporté à une date ultérieure
- Les stages syndicaux à Courcelles sont arrêtés immédiatement.
- Les organisations de la CGT sont invitées à réunir leurs militants dans les bourses du travail, dés le lendemain le samedi matin aux premières heures, afin de mettre en débat et en œuvre les orientations confédérales.

Je reprenais donc le train à 19 heurs à Pais-gare de Lyon pour Saint Etienne, en compagnie des camarades MIALON de la CAFL de Saint Etienne et TORRICELIA des Bennes MARREL. Arrivés en gare de Dijon, nous rencontrons Pierre LAMY, secrétaire général de l’UD de l’Isère, qui nous informe des dispositions adoptées par le comité confédéral.

Au même moment, les haut-parleurs annoncent : « les cheminots de la gare de Dijon et du réseau ont décidé dans l’unité CGT-CFDT la grève illimitée pour leurs revendications. Ce train sera acheminé sans encombre seulement jusqu'à Lyon. »
Interrogations…….stupeur dans les compartiments !
Les voyageurs se demandent ce qui se passe ? une certaine inquiétude se lit dans les regards……
Pour ma part, une joie intérieure m’envahit, mêlée d’émotion, de fierté, de confiance à la vision des luttes qui me semblent une tournure dont je ne pouvais encore percevoir le déroulement et la portée.
Nous arrivons à 2 heures du matin à Lyon avec 3 heures de retard. Plus de train pour Saint Etienne. Il nous en coûtera 121 francs de taxi de nuit, le SMIG était alors à 500 francs.
Qu’importe, quelque chose de grand était en train de naître !
Quelques heures après, nous étions présents à la bourse du travail, la salle SACCO VANZETTI et le hall d’entrée débordaient de militants


Joseph SANGUEDOLCE secrétaire général de l’UD de la Loire informait les participants sur la situation des luttes en général, sur leurs développements rapides, sur les perspectives et les indications de la CGT invitant dans chaque entreprise, service, bureau, atelier à la consultation large, démocratique des personnels de toutes catégories, à la formulation concrète, précise des revendications essentielles et correspondantes aux vrais besoins et a décider la grève sans attendre.

Conjointement, les militants étaient conviés a assurer le parrainage des entreprises inorganisées syndicalement et a proposer avec esprit de conquête l’adhésion à la CGT.
Mais voici un autre souvenir autrement cuisant……

DES PLOMBS EN OR MASSIF

Jour après jour, toutes les villes du département connaissent une mobilisation sans précédents-grèves et occupations-.En nombre des sections syndicales CGT sont constituées dans différentes professions.

Afin d’aider les salariés des entreprises sans syndicat a revendiquer et a agir, nous organisons des parrainages dans toutes les localités du département de la Loire. De cette manière nous avons réussi a constituer un nombre important de bases nouvelles et récolté pas moins de 9000 adhésions au niveau de l’Union Départementale pour l’ensemble des professions.
Poursuivant cette démarche, le 24 mai à 4 militants ; Claude FOURNIER, GRANADOS, Rizza SATRAFIL et moi-même Henri TRONCHON nous nous rendons a Andrézieux-Bouthéon une localité ou travaillaient 2000 salariés sans aucune organisation syndicale, nous nous répartissons les entreprises pour consulter et mobiliser les personnels.
La totalité des entreprises voient l’implantation d’une section CGT.
Entre 9 et 13 heures 800 adhésions à la CGT sont réalisées.

LE PATRON TIRE 

Alors que nous organisions la dernière entreprise, la SERUP, le patron un certain ORIOL rentre en voiture à vive allure dans la cour de l’usine, renverse et blesse un travailleur immigré.
Puis furieux, il sort son fusil de chasse et tire sur les travailleurs.
En tant que secrétaire de l’Union syndical de la métallurgie, je me porte à son devant pour le calmer et si possible le désarmer. ORIOL réarme son fusil et tire à nouveau.
Résultat : je suis blessé par 7 chevrotines, à la main, à la poitrine, à l’aine, au genou.
Que peut-on ajouter ? Si ce n’est que l’émoi était à son comble et que les travailleurs, responsables, évitèrent le carnage puis se rendirent en masse à la manifestation de Saint Etienne.

L’esprit de responsabilité des grévistes fit qu’ils écoutèrent les responsables syndicaux évitant touts incidents qui auraient eu de lourdes conséquences sur les luttes en cours.
Toutes provocations ne pouvant que conduire à des impasses, voir la répression.
Le bilan de ce 24 mai 1968 fut appréciable pour la suite. Le comportement de la CGT a pesé positivement pour la mobilisation et le succès des revendications.
LE BILAN DES ADHESIONS REALISEES :800 ET LES SECTIONS SYNDICALES CONSTITUEES CE JOUR LA, VALAIENT DE L’OR.....MALGRES LES PLOMBS !


Henri TRONCHON

 

 

 

 

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