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Enjeux climatiques. La carence des décideurs politiques doit cesser

La démission de Nicolas Hulot a mis en lumière l’impasse écologique de la politique d’Emmanuel Macron, alors que des défis inédits menacent notre planète. Gérard Le Puill révèle l’urgence qu’il y a à changer d’ère économique, à l’inverse d’un capitalisme mondialisé et gaspilleur de ressources.

Le titre de ton livre, Réinventons l’économie dans un monde fini, semble sans appel. En quoi notre monde est-il fini ?

J’affirme cela dans le sens où nous consommons davantage de ressources renouvelables que la nature est capable d’en produire chaque année. Un pays comme l’Inde, puise désormais 80% de l’eau qu’il utilise dans les nappes phréatiques dont le niveau ne cesse de baisser. La situation est à peine moins précaire en Chine, tout comme dans de nombreux pays du Proche et du Moyen-Orient.

Nous n’aurons bientôt plus de sable pour faire du béton, sachant que celui des déserts est trop lisse pour entrer dans les constructions. On sait que le cuivre et des métaux rares vont manquer dans quelques décennies. Les réserves de gaz et de pétrole diminuent rapidement, mais leur consommation est croissante. Un déséquilibre qui accélère le réchauffement de la planète lequel, à son tour, provoque des phénomènes climatiques intenses avec des dégâts dont les réparations augmentent les émissions de C02. Un cercle infernal.

 Pourtant, les conférences internationales sur le sujet se tiennent régulièrement. Réelle efficacité ou juste de l’affichage de la part des États pour se donner bonne conscience ?

En 2015, la Cop21 s’est tenue en France, 18 ans après la Conférence de Kyoto en 1997 qui fut le début d’une prise de conscience. Mais le protocole de Kyoto n’a engagé que 37 pays. Cela s’est traduit par la mise en place d’un marché du carbone, en 2005, dans les pays de l’Union européenne. Chaque entreprise polluante s’est ainsi vue attribuer un quota annuel de gaz à effet de serre (GES) à ne pas dépasser. Celles qui ne consommaient pas la totalité de leur quota annuel pouvaient vendre le reliquat à celles qui en manquaient, à condition de ne pas dépasser le quota global. Mais il suffisait de délocaliser les productions industrielles les plus polluantes dans des pays à bas coûts de main-d’œuvre et non concernés par cet accord européen pour avoir du carbone à vendre. Du coup, les entreprises européennes ont fermé des usines ici pour en ouvrir ailleurs avec un bilan carbone en augmentation. Dans la production de pneus, l’Insee nous dit que la France a perdu 11 700 emplois entre 2006 et 2015, via les délocalisations.

Les choses peuvent-elles encore changer ?

Cela me semble mal parti, pour plusieurs raisons. Premièrement, suite à l’échec de la conférence de Copenhague en 2009, la présidence française voulait que celle de Paris soit un succès diplomatique, à 18 mois de l’élection présidentielle de 2017. Le texte final retenait donc un objectif de +2°C de réchauffement à ne pas dépasser d’ici la fin du siècle en cours par rapport à la température moyenne de la première moitié du XIXème siècle. Mais le texte de la Cop21 ne comporte aucun engagement ferme par pays. Elu président des États-Unis, Donald Trump a renié la signature de Barack Obama pour relancer l’exploitation polluante du gaz et du pétrole de schiste. Voilà qui encourage des pays comme la Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil et même l’Allemagne à augmenter leurs émissions de CO2 au lieu de les réduire.

Tu consacres un chapitre de ton livre aux contradictions de l’Europe et de la France liées à la mise en concurrence de tous contre tous. Quelles en sont les conséquences ?

Cette mise en concurrence s’effectue entre 28 pays dans une zone de libre-échange sans le moindre tarif douanier. Par exemple, la fermeture en cours de l’usine Whirlpool d’Amiens, approuvée par Emmanuel Macron, se fait parce que les salaires des ouvriers polonais sont trois fois plus bas que ceux des ouvriers picards. On casse ici pour construire là-bas, afin que la firme américaine dégage plus de profits. Puis on réimporte sur des camions en Europe de l’Ouest les lave-linge produits à l’Est avec un bilan carbone désastreux. Les exemples de ce type sont légion. Les accords de libre-échange accentuent cette tendance, surtout quand il s’agit de biens que nous savons produire chez nous.

En France, tu appelles les partis politiques à réinventer, vite, d’autres propositions économiques. Peut-on encore éviter le mur ?

En effet, c’est de leur responsabilité. Je suis inquiet pour les générations nées et à naître durant ce siècle. La plus jeune de mes petites-filles a 70 ans de moins que moi. Quand elle aura mon âge, la France sera probablement en voie d’aridification avec une température moyenne supérieure de 3°C à celle d’aujourd’hui. Gérer l’eau de pluie, préserver les terres agricoles, faire de l’agroforesterie, réduire la circulation routière et promouvoir le rail et les transports doux sont des impératifs qui relèvent de l’urgence.

« Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants »

Il faudrait pour cela une politique d’aménagement du territoire qui cesse de concentrer les emplois dans les grandes agglomérations, tandis que l’habitat s’étale à n’en plus finir sur des kilomètres à la ronde. De Chirac à Macron en passant par Sarkozy et Hollande, aucun de nos chefs d’État, depuis la Conférence de Kyoto, n’a été capable de donner le cap et de s’y tenir pour freiner le réchauffement. Mon livre est aussi un cri de révolte devant cette carence des décideurs politiques.

Dossier de Vie nouvelle « Planète sur le grill »


Réinventons l’économie dans un monde fini

Le nouveau livre de Gérard Le Puill ne se contente pas que tirer, une nouvelle fois, la sonnette d’alarme sur les conséquences dramatiques du réchauffement climatique. La reprise de l’exploitation des énergies fossiles, la croissance de la population mondiale, l’aggravation de la pénurie d’eau, les migrations climatiques n’en sont qu’à leurs débuts. L’extension des misères et des conflits que tout cela génère, y compris en Europe, rend indispensable la mise en œuvre d’autres logiques économiques. Ce danger planétaire ne doit pas empêcher la France d’être à l’initiative. L’auteur en appelle à la responsabilité des partis politiques, à commencer par ceux qui se réclament de la gauche, pour qu’ils élaborent d’urgence des projets correspondant aux enjeux. Il formule des propositions concrètes, précises et cohérentes pour réinventer l’économie, afin que l’avenir du genre humain, sur terre, puisse être assuré. Un livre de référence. Utile à un débat, certes difficile, dérangeant, contradictoire tant les intérêts sont antagonistes, mais incontournable.


Réinventons l’économie dans un monde fini, Gérard Le Puill, 2018, éditions du Croquant, 15€.

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