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Rencontre avec... Costa-Gavras - première partie

« Il faut réfléchir à d’autres façons de lutter. »

Costa-Gavras arrive à Paris en 1955. Immigré, sans argent, il découvre les études et le cinéma. Auteur d’une impressionnante filmographie d’où émergent entre autres Z, l’Aveu, Missing, Amen, Section spéciale… Costa-Gavras a changé le cinéma. Et notre manière de voir le monde. Son œuvre nous fait revivre les combats les plus rudes de notre époque. Rencontre avec un homme debout. Et engagé.

Vous, l’immigré grec-qui avez gardé jalousement votre accent- quel regard portez-vous sur les migrations d’aujourd’hui ?
J’ai fui la dictature en Grèce. En France, j’ai bénéficié d’un véritable accueil. J’ai pu tisser des liens amicaux, aller à l’université, trouver des petits jobs, bref, vivre correctement. Aujourd’hui, c’est le rejet des migrants. Pour eux, c’est la rue, la mendicité et la précarité. Un traitement d’autant plus inacceptable que nous sommes dans un pays riche. En 2009, dans mon film Eden à l’Ouest, j’ai déjà évoqué cette question de l’immigration. Elle n’avait pas encore la gravité d’aujourd’hui, mais on voyait pourtant venir ce qui se passe actuellement. C’est une situation qui ne peut que s’aggraver dans ce monde où les riches font fortune sur le dos des pauvres. Ces derniers veulent simplement quitter une situation de misère dans laquelle,souvent, les pays occidentaux portent une responsabilité. Ils ne leur laissent aucune perspective d’avenir.

Mesurez-vous combien vos films ont participé aux grands débats de leur époque, L’aveu par exemple ?

Oui bien sûr. Avec l’Aveu, j’ai voulu parler du communisme. Vous savez, j’ai fui la Grèce avec l’idée que le communisme, dans son essence, pouvait être la solution pour la démocratie, la liberté, le progrès social… Mais dans le communisme que j’avais sous les yeux, il y avait cette idée de la nécessaire allégeance au pouvoir soviétique. Puis, il y a eu Prague. Ça a été, pour moi, un grand choc. On me conseillait, à l’époque, de rester loin de la politique parce que j’étais un étranger. C’était au moment de ma rencontre avec Signoret, Montand et Semprun. Eux étaient très engagés. Ils m’ont fait découvrir l’Aveu, le livre d’Arthur London paru en 1968. Je n’ai pas voulu rester spectateur et j’ai decidé de traiter une question que le cinéma de l’époque n’abordait pas. L’aveu n’est pas un film anticommuniste. C’est un témoignage fort qui, en effet, a contribué au débat sur le communisme. Pour moi, le cinéma estd’abord un espace de liberté comme la littérature ou la musique. J’ajoute qu’il a une fonction sociale incomparable.

Vous êtes engagé dans le combat pour l’exception culturelle française que la Commission européenne veut sacrifier. De quelle Europe rêvez-vous ?

Il faut vite redonner du sens à l’Europe. Aujourd’hui, on n’aime plus l’Europe, parce qu’on ne s’y reconnaît plus. L’Europe est avant tout un supermarché. On y va, on prend et on s’en fout. En matière culturelle, la Commission européenne voulait nous imposer le système américain. Après des luttes épuisantes et de multiples mobilisations à Bruxelles ou à Strasbourg, on a, certes,obtenu des choses sur les droits d’auteur, par exemple, mais il faut que chaque pays garde sa propre culture. Nous ne voulons pas nous laisser imposer une culture standardisée, laminée par les grands groupes américains, au nom du libre-échange et du marché. Mais qu’est-ce que ce marché qui exige qui est nerveux ou en dépression, euphorique ou frileux? Pourquoi faudrait-il s’y soumettre ? Si les choses ne changent pas, l’Europe n’a aucun avenir.

Suite de l'entretien mardi 2 janvier

 

Propos recueillis par Pierre Corneloup et Michel Scheidt pour Vie nouvelle 208.

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