Le Magazine de l'UCR
je m'abonne
Espace diffuseur
Loisirs › Ecouter/Voir

Exposition. Dorothea Lange, l’objectif militant

Pionnière du documentaire social, la photographe Dorothea Lange (1895-1966) a fait de son appareil un outil de lutte. Dans l’exposition « Politique du visible », le musée parisien du Jeu de Paume rend hommage à celle qui a mis en lumière les cruelles injustices sociales américaines.

On ne connaît souvent la photographe américaine que pour une seule photo, son intemporelle « Mère migrante » (« Migrant mother »). Nous sommes au printemps 1936. Dans un campement de fortune en Californie, une mère de famille fuit la famine avec ses sept enfants. « Je ne me rappelle pas comment je lui ai expliqué ma présence ou celle de mon appareil photo, mais je me souviens bien qu'elle ne m'a posé aucune question. Je ne lui ai pas demandé son nom, ni son histoire. Elle m'a dit son âge : trente-deux ans », explique la légende signée Dorothea Lange. La femme au visage buriné par le travail agricole, la fatigue et la sécheresse est l’une des nombreuses victimes de l’industrialisation des fertiles vallées du sud des États-Unis. Son visage devenu iconique est l’un des clichés présentés au Jeu de Paume jusqu’au 27 janvier 2019.

Conséquences du krach boursier

« Politique du visible » – la première exposition consacrée à Dorothea Lange en France depuis 20 ans – donne à voir vingt-cinq années de travail engagé. Des centaines de clichés sur les inégalités et les discriminations, dont certains n’ont jamais été exposés dans l’hexagone. Si l’exposition revient longuement sur cet exode américain, elle nous amène aussi sur les chantiers navals de Richmond durant la Seconde Guerre mondiale ou dans les pas d’un avocat commis d’office dans les années 1950.

C’est avec la Grande dépression que l’exposition - tout comme la carrière de la photographe - commence. Les premiers clichés datent de 1932. Trois ans après le krach boursier de Wall Street, Dorothea Lange décide d’abandonner son studio de portraitiste « désormais inapproprié ».
Les trois années suivantes marquent un tournant dans sa vie. Elle photographie l’impact social de la récession en milieu urbain ou « les gens que ma vie a touchés », comme l’écrit la photographe dans un des carnets de notes présentés dans l’exposition. Sans abris, bénéficiaires de l’aide alimentaire, manifestants : ses clichés deviendront autant d’images emblématiques de la plus grande crise économique de l’histoire américaine.

La Grande Dépression et son exode

Plus emblématiques encore seront les portraits pris pour la Farm Security Administration, dont cette fameuse « Mère migrante ». Famine, chômage, migration forcée : à l’instar des Raisins de la Colère de Steinbeck, ils ont forgé la représentation de la Grande Dépression. Mandatée dans le cadre du New Deal de l’administration Roosevelt, Dorothea Lange rend compte en images de l’exode rural dû à la crise agricole. Vingt-deux États parcourus, 130 000 négatifs : au centre de l’exposition, une carte des États-Unis et des dizaines de planches contacts témoignent de l’ampleur de la tâche conduite de 1935 à 1939.

Membres noueux, visages graves et rides marquées : dans ses noirs et blancs tranchés, la photographe sublime la sécheresse et l’exode. Ses photographies disent la misère mais aussi la dignité, la persévérance. Pour dénoncer, elle utilise son regard empathique et bienveillant. Elle manie aussi subtilement l’ironie, comme sur ce cliché où des travailleurs migrants marchent le long de ce qui semble être une route sans fin. Devant eux, un panneau vante l’« American Way of Life ».

Dorothea Lange - Migrant Mother, Nipomo, California, 1936 
© The Dorothea Lange Collection

La censure des injustices dévoilées

La surprise de l’exposition réside dans ces clichés – jamais exposés en France – sur l’internement des Américains d’origine japonaise au lendemain de l’attaque de Pearl Harbour. La série, commandée par l’armée américaine, devait montrer que les Nippons étaient bien traités. Dorothea Lange pose sur ces enfants aux visages tristes, ces familles étiquetées, dépossédées et placées dans des camps son objectif sensible… jusqu’à se faire renvoyer ! Censurées jusqu’en 2006, ces images témoignent d’une œuvre intime et émouvante visant à dénoncer les injustices et à infléchir l’opinion publique. Dorothea Lange a toujours accompagné ses prises de vues de témoignages écrits. Sur les murs blancs du Jeu de Paume, ils se sont transformés en longues légendes. Ces notes – pour certaines manuscrites à même les tirages – disent les intentions et les impressions de la photographe. Un film réalisé par la petite-fille de Dorothea Lange renseigne davantage sur les interactions de l’Américaine avec ses sujets.

Des clichés documentaires

« J’ai un manteau invisible qui me cache », analyse-t-elle d’une voix douce avec le recul de l’âge. À l’époque, Dorothea Lange est l’une des rares femmes photographes reconnue de son vivant ; la première à bénéficier d’une exposition personnelle au Museum of Modern Art de New York. Et on comprend aisément pourquoi. De ses clichés documentaires transpire une incroyable force émotionnelle. Au Jeu de Paume, certains ont les larmes aux yeux devant cette misère rendue photogénique.

« La politique du visible » nous invite à (re)découvrir cette œuvre d’une importance capitale dans l’histoire de la photographie documentaire et dont les images de réfugiés climatiques, migrants et tentes de fortune résonnent tragiquement avec notre l’actualité.

Camille Drouet

Photo de Une
Dorothea Lange © The Dorothea Lange Collection

Préparer ma retraite
Vous vous interrogez sur la date exacte de votre départ à la retraite.Sur la date à partir de laquelle vous devez faire valoir vos droits à la retraite, les démarches à entreprendre, le montant de votre ou vos pensions...

Lire la suite

Mes droits en chiffres
Retraites, Pensions, Allocations, Minima, Sécurité sociale, CMU, APA, SMIC, RSA; Prix, Loyers...

Lire la suite

Ce qu'il faut savoir
Le prelevement a la source Nouvel article

Lire la suite

Temoins mai 68
Un ancien de RVI Blainville

Salarié en mai 68 à la SAVIEM-Blainville dans le Calvados, il avait travaillé chez Citroën à Paris. "Depuis 1966 ça bougeait" dit-il, mais en mai 68 premiers piquets de grève et intervention des CRS...

Lire la suite