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Repères › Economie du vieillissement

Malika Belarbi : Les retraités se battent pour eux et pour nous

Les retraités sont en première ligne dans la bataille contre l’injustice sociale. Comment sont-ils perçus par les jeunes générations ? Quel regard portent-elles sur leurs futures retraites ? Et au-delà, comment envisagent-elles la société ? Chacun pour soi, ou chacun pour tous ? Entretien avec Malika Belarbi, aide-soignante et syndiquée CGT à l’Ehpad de Boulogne-Billancourt.

Pourquoi avoir choisi ce métier ? Comment le vivez-vous ?

Malika Belarbi : Le choix de ce métier résulte d’une histoire de famille issue de l’immigration. Enfant, j’accompagnais ma mère dans son travail d’aide à domicile à Sèvres, dans cette banlieue cossue où il y a peu d’étrangers… J’étais en admiration devant son humanité et son dévouement. Alors, quand l’occasion s’est présentée, je n’ai pas hésité. En 1995, je suis devenue aide-soignante en Ehpad. Notre métier, c’est d’abord du relationnel.

Au début, on avait les moyens d’accompagner les résidents. Mais au fur et à mesure, le côté humain disparaît. On n’a plus le temps ni les moyens de les écouter. Les Ehpad sont devenus des usines dans lesquelles nous travaillons à la chaîne. C’est ça qui provoque le mal-être et le ras -le-bol. D’ailleurs, lors de notre très large mobilisation de l’année dernière, beaucoup de résidents et, au-delà, beaucoup de retraités ont bien compris qu’on se battait aussi pour eux. Ils étaient d’ailleurs présents dans nos actions.

Justement, les retraités sont aussi mobilisés contre les mesures d’injustice sociale et fiscale qui les frappent. Ont-ils raison de se battre ?

Malika Belarbi : Oui, bien sûr. Je partage leur sentiment d’injustice et leurs actions contre la remise en cause des droits qu’ils ont acquis.
Ils ne veulent plus être montrés du doigt et désignés comme des nantis et des profiteurs. Pourquoi leur faire payer, à eux, les choix économiques du gouvernement ?
Ils sont de plus en plus maltraités. Je les vois très inquiets non seulement pour leur avenir, celui de leurs enfants et de leurs petits-enfants, mais aussi sur la situation des Ehpad, la question de la perte d’autonomie et l’absence de prise en compte sociale du vieillissement. Ils ont raison. En se battant pour eux, ils se battent aussi pour nous et pour une autre société. Leur combat devrait être celui de tous.

Comment percevez-vous leur rôle et leur place dans la société ?

Malika Belarbi : Il suffit de regarder autour de nous. Ils sont partout. Je vois bien comment ils sont investis dans le mouvement associatif.
Ils sont de plus en plus actifs : de l’aide aux devoirs pour les enfants à l’aide aux animations dans les Ehpad. Dans les communes, les clubs sportifs… dans les syndicats aussi. Partout, ils donnent beaucoup de leur temps. Ils en donnent aussi énormément au niveau familial.

Avec mon mari, nous travaillons tous les deux. Eh bien, heureusement que j’ai ma mère. C’est elle qui apporte l’aide nécessaire à mes trois enfants de 10,13 et 15 ans. Impossible de s’en passer. Comme beaucoup de retraités, elle me consacre tout son temps.

J’ai bien entendu le Président parler du ruissellement économique des riches vers les pauvres… Je cherche encore le moindre écoulement… On ne risque pas l’inondation. Par contre, je vois bien l’abondance du ruissellement provoqué par l’investissement des retraités dans la société et la famille. Et en retour ? Rien, pas la moindre reconnaissance de leur rôle social pourtant si essentiel. « Il est vieux, il est mis de côté » semble dire le gouvernement.

La colère qui traverse actuellement le pays exprime aussi le besoin d’une société plus juste et solidaire. Qu’en pensez-vous ? Comment voyez-vous la société ? Plutôt chacun pour soi ou plutôt chacun pour tous ?

Malika Belarbi : Chacun pour tous, évidemment. Le chacun pour soi aggrave les inégalités et les injustices. Je donne beaucoup de valeur à l’humain. Je rêve d’une société de justice sociale. D’une société de diversité et d’acceptation des uns envers les autres. D’une société où l’être humain est au centre et respecté en tant que tel. Je me bats pour tout ça. C’est aussi le sens de mon engagement dans le syndicat.

J’aurais voulu être infirmière. Idéal pour prendre en charge les autres, les accompagner et les soigner. Même si les circonstances en ont décidé autrement, je ne renonce pas à cet idéal. Dans mon métier, je voudrais pouvoir avoir des relations de soins avec les personnes âgées. Mais ça devient très compliqué. Leur prise en charge ne semble plus être une priorité. Le gouvernement raisonne envers eux aussi en termes de coût. Il les voit simplement comme une ligne comptable dans un budget.
Or ça devrait être une priorité. C’est d’un choix de société dont il s’agit. Aujourd’hui, tout le monde connaît les données du problème. On sait ce qui se passe, mais au lieu de décider, on continue à questionner. On perd du temps. Il est temps d’agir, sinon on va dans le mur.

Vous n’y êtes certes pas encore. Mais vous, Malika, votre future retraite, vous l’imaginez comment ?

Malika Belarbi : J’ai 45 ans. Comme beaucoup de personnes de ma génération, la retraite c’est encore loin et je n’y pensais pas vraiment. Je dois dire que c’est grâce aux luttes des retraités que j’ai pris conscience de l’importance de cette question. Est-ce que j’aurai une retraite ? Quand ?
Après 25 ans d’ancienneté, je gagne 1 800€ net. Quel sera le montant de ma future retraite ? Dans quel état physique vais-je y arriver ? Au fur et à mesure des mobilisations, j’ai mieux compris les conséquences de la destruction du système actuel pour les générations à venir.

Vous évoquez l’état de santé comme un souci futur. Pourquoi ?

Malika Belarbi : L’âge et le montant de ma future retraite sont bien sûr de vraies questions. Mais je vois aussi combien les conditions de travail actuelles dans nos métiers influent sur la retraite.
De nos jours, 70% des agents qui partent en retraite sont cassés physiquement. Et encore, beaucoup sont placés en invalidité ou en inaptitude au travail avant même d’avoir l’âge de la retraite. Ce qui ampute sensiblement le montant de la pension déjà réduite à peau de chagrin. Je ne parle même pas des projets de réforme du gouvernement qui ne vont qu’aggraver les choses.
J’ai compris que j’avais, moi aussi, intérêt à me pencher de plus près sur le sujet. Je pense vraiment que les retraités et ceux qui travaillent ont les mêmes intérêts à défendre. Il s’agit du même combat.

Lorsque les actifs se battent pour leurs emplois et leurs salaires, ils se battent pour leurs retraites. Lorsque les retraités se battent pour leur retraite et de véritables politiques publiques pour prendre en charge le vieillissement, ils se battent pour une société où tous les âges ont leur place.

Propos recueillis par Michel Scheidt

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