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Théâtre populaire. L’expérience Bussang

Voilà plus de 120 ans que le Théâtre du Peuple anime le village de Bussang, niché au cœur de la vallée vosgienne. Comme à ses débuts, le lieu mélange amateurs et professionnels et accueille un public mélangé. Retour sur une aventure hors du commun.

C'est en 1895 que Maurice Pottecher, jeune poète, marié à la comédienne Camille de Saint-Maurice, dite « Tante Cam », a l’idée d'installer un théâtre dans son village natal. Benjamin, son père, à la tête d'une importante usine de fabrication de couverts, est ouvert aux idées humanistes – en tant que maire, il fait construire un hôpital, une école et même une gare où le train arrive depuis Paris. Il va donc financer le projet qui participera à l'essor de la vallée. Cette dernière est alors dynamique en cette fin du XIXe siècle quand on compte, outre l'entreprise Pottecher qui emploiera jusqu'à 300 personnes, sept usines textiles et des thermes qui amènent nombre de touristes.

Une aventure villageoise

L'idée est d'impliquer la population locale dans la vie du théâtre, tant dans la construction de la grande bâtisse en bois, avec son célèbre fond de scène s'ouvrant sur la forêt, que dans la réalisation des décors et des costumes, l'administration et les représentations. Les menuisiers et électriciens se font régisseurs quand les ouvrières du textile confectionnent les costumes. La passion de Jeanne d'Arc, L’anneau de Sakountala, L'empereur du Soleil couchant, Le château de Hans...

Les pièces de Maurice Pottecher sont jouées par des membres de la famille tels le célèbre chroniqueur judiciaire Frédéric Pottecher ou son père que l'on désigne comme le « Raimu vosgien », mais aussi par des professionnels tels « Tante Cam » ou Pierre Richard-Willm, une vedette de l'époque qui va participer à l'aventure et attirer un large public. Ils se chargeront de repérer et de former à la scène des habitants du village, de la directrice de l'hôpital au secrétaire de mairie, mais aussi des ouvriers des usines.

L'utopie à l’œuvre

Sous la devise « Par l'art pour l'humanité », Maurice veut bâtir « un théâtre à la portée de tous les publics, un divertissement fait pour rapprocher les hommes et gommer les clivages sociaux et culturels ». Au Théâtre du Peuple, se côtoieront le bourgeois local, l'ouvrier comme le touriste et l'intellectuel. Ainsi que le souligne l'historienne Marion Denizot(1) : « Maurice Pottecher met directement en pratique sa conception théorique d’un théâtre populaire. Il définit un répertoire écrit pour le public local (...). Les sujets sont prioritairement issus (…) de ce que l’on pourrait nommer le folklore local ».

Dans le courant hygiéniste de l'époque et dans une démarche paternaliste, Maurice Pottecher entend offrir à la population des « loisirs sains ». Ainsi sa première pièce jouée en 1895, Le diable marchand de goutte, dénonce le fléau de l'alcoolisme. La démarche d’œuvrer à la démocratisation du théâtre s'inscrit aussi dans les idéaux d'alors, portés par des grands noms tels Jules Renard, Jacques Copeau, Charles Dullin, Louis Jouvet ou Romain Rolland. Ils viendront saluer à Bussang la naissance du premier théâtre populaire, porté plus tard par Jean Vilar.

Un pari gagné

Après plus d'un siècle, le Théâtre du Peuple continue de défendre sa mission première en proposant un théâtre exigeant et accessible au plus grand nombre. Le répertoire s'est élargi, dès les années 1970, avec des pièces du répertoire (Shakespeare, Tchekhov, Brecht...) et des textes contemporains. Nombre de metteurs en scène de talent en ont pris les rênes à l'image de Tibor Egervari, François Rancillac, Jean-Claude Berutti, Christophe Rauck, Vincent Goethals ou depuis 2017, Simon Delétang. Maintenant, l'activité se déploie tout au long de l'année avec des spectacles et des stages. Cet endroit chargé d'histoire attire encore aujourd'hui une foule importante de spectateurs, dont beaucoup ne sont pas des férus de théâtre. Amateurs et comédiens confirmés continuent à se côtoyer sur scène quand bénévoles et professionnels gèrent le lieu en pleine ébullition estivale. Une bien belle réussite !

Amélie Meffre

(1) Auteure avec Bénédicte Boisson du Théâtre du Peuple de Bussang : cent vingt ans d'histoire, 2015, éditions Actes Sud, 30€.


Au programme cet été

– « La vie est un rêve » de Pedro Calderón de la Barca, mise en scène Jean-Yves Ruf, du 27 juillet au 7 septembre (du jeudi au dimanche), à 15 heures.
– « Suzy Storck » de Magali Mougel, mise en scène Simon Delétang, du 7 août au 7 septembre (du mercredi au samedi), à 20 heures.
– « L'impromptu » : lectures de textes contemporains du monde entier par les équipes artistiques de l’été, du 3 août au 7 septembre (samedi et dimanche), à 13 heures.
– « Moi Bernard » sur le dramaturge Bernard-Marie Koltès par Jean de Pange et Claire Cahen, du 4 août au 1er septembre (le dimanche) à 19 heures.


Le site du Théâtre de Bussang

 

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