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Loisirs › Témoins

Histoire. La peur au temps des épidémies

Chaque nouvelle épidémie s'accompagne de réactions irrationnelles attisées par la peur de la contagion. Entre désignation de boucs émissaires et fausses nouvelles, les vieux réflexes ont la peau dure.

Avec l'apparition du Covid-19, certains ont tôt fait de désigner des coupables pour expliquer la propagation de la maladie : les Asiatiques mangeurs de chauves-souris, les Parisiens en mal de verdure ou les lobbys pharmaceutiques en quête de nouveaux profits. Une constante observée en temps d'épidémie, de la peste à la tuberculose. Les figures emblématiques du Mal suivent bien souvent les inquiétudes et les préjugés de chaque époque quand certains boucs émissaires réapparaissent régulièrement tels les Juifs, les prostituées ou les pauvres.

À chaque Mal son bouc émissaire

Au XIVe siècle, les persécutions s'intensifient avec la peste noire et la rumeur d'un complot juif-lépreux pour exterminer les chrétiens. Des familles entières sont tuées, leurs biens pillés. À Strasbourg, en février 1349, accusés d'empoisonner les puits, quelque 2000 Juifs sont brûlés vifs. En période de syphilis, c'est la chasse aux prostituées, symboles du péril vénérien qui s'intensifie. Au XVIIIesiècle, Louis XIV, sous couvert d'éradiquer la maladie, ordonne d'enfermer à la Salpêtrière les « femmes débauchées », via une ordonnance royale de 1713.

D’autres sanctions sont prévues : les prostituées ont interdiction d'approcher les soldats du roi campés près de Versailles ou d'autres casernes provinciales, sous peine de nez et d'oreilles coupés. Autre punition prévue bien que rarissime : la déportation dans les colonies. Au XIXe siècle, on va les regrouper dans les maisons de tolérance pour mieux les surveiller et les exploiter. On joue alors sur la peur de la femme du peuple devenue « fille de joie » pour contaminer moralement autant que physiquement la bourgeoisie.

Accusations délétères

À l'instar des prostituées, les « classes laborieuses » deviennent des « classes dangereuses », tenues pour responsables de la propagation du choléra et de la tuberculose en même temps qu'elles représentent un danger politique. Pour faire taire leur révolte contre des conditions de vie misérables, les autorités les accusent de répandre de nouvelles maladies par une prédisposition naturelle à la saleté comme à l'ivrognerie. Ainsi, en 1866, pour le docteur Pierret, les tuberculeux sont « un troupeau de faméliques dont beaucoup ne font que payer la rançon de leurs vices, de leurs désordres, de leur paresse ou du moins de leur imprévoyance »*. On ferait bien de se souvenir de toutes ces accusations délétères à l'heure d'une nouvelle pandémie...

Amélie Meffre

Photo à la Une : Le Triomphe de la Mort, par Pieter Brueghel l'Ancien (1562).

*Histoires de la tuberculose, Isabelle Grellet et Caroline Kruse (Ed. Ramsay).


À lire : Peurs et terreurs face à la contagion, collectif d’auteurs (Ed. Fayard) et La peur en Occident, Jean Delumeau (Ed. Fayard).

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