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Repères › Perte d'autonomie

Autonomie : une réforme piégée ( La Terre - 15 au 21 Mars 2011)

Françoise Vagner est secrétaire générale de l'UCR-CGT (Union confédérale des retraités CGT). Elle pilote le dossier « autonomie » pour la confédération, qui considère le terme plus approprié que celui de « dépendance » et propose la création d'un cinquième droit, sous forme d'une prestation de la naissance à la mort...

Quels sont aujourd'hui les problèmes rencontrés par les retraités pour la prise en charge de l'aide à l'autonomie » de leurs parents ?

Françoise Vagner : D'abord, il n'y a pas que les parents de retraités. Les retraités eux-mêmes peuvent être en perte d'autonomie. La question la plus critique est sans doute celle du financement, en particulier lorsque, à un moment donné, on est obligé d'aller en établissement d'hébergement. Et là, on se retrouve avec des tarifs très élevés entre 1 800 euros pour les maisons de retraite publiques les plus anciennes et les plus excentrées dans les régions et 3 000 euros en Ile-de-France. En sachant que la moyenne des retraites c'est 1200 euros et celle des femmes 900 euros. Même à domicile, ce n'est pas simple. D'abord parce que les Conseils généraux sont complètement débordés par la demande. Et quand les départements ne financent plus, cela signifie que ce sont les familles qui le font ou alors que les besoins ne sont pas satisfaits et à domicile, cela peut devenir catastrophique. La deuxième chose sur laquelle on travaille, c'est la coordination autour de la personne âgée car aujourd'hui, quand vous avez quelqu'un qui commence à perdre son autonomie, c'est vraiment compliqué de savoir à quoi on a droit, qui on contacte, comment on lie les hospitalisations éventuelles au secteur médicosocial et social… On travaille donc pour savoir comment tous ces acteurs-là peuvent échanger ensemble autour de la personne et pas chacun dans son coin.

Concernant le cinquième risque, comment assurer le fonctionnement de cette cinquième branche de la Sécurité sociale ?

Pour nous, il ne doit pas y avoir de cinquième branche. Ce qu'on veut, c'est un droit, un droit qui aujourd'hui n'existe pas, qui est morcelé, financé par tout un tas de petits expédients. Aujourd'hui vous êtes « handicapé » jusqu'à 59 ans et 364 jours et à 60 ans, vous devenez « dépendant ». Le gouvernement veut que cette prisa an charge concerna seulement les personnes âgées mais nous pensons qu'il faut une prise en charge de l'autonomie de la naissance à la mort et pas une prestation jusqu'à 60 ans et une autre après. Car si on met les personnes âgées dans une branche à part pour l'autonomie, la tentation va être grande de transférer immédiatement de l'assurance maladie vers cette cinquième branche les soins de nursing et les prises de médicaments. Cela signifie que les dépenses des familles vont encore monter d'un cran. On souhaite que soit créé un cinquième droit dans l'assurance maladie qui s'appellerait « droit à l'autonomie », il inclurait toute l'aide matérielle et humaine que l'on donne aux gens de la naissance à la mort. On veut sortir les personnes âgées du ghetto dans lequel on est en train de les mettre.

Cela fonctionnerait par le biais d'une prise en charge solidaire ?

Tous les vieux ne perdent pas leur autonomie, même assez peu, puisque seulement 9 % des plus de 60 ans perçoivent l'Apa. Mais il n'y a pas de raison, alors que c'est aussi difficile de perdre son autonomie à 90 ans qu'à 30, qu'en plus on soit obligé de financer ce qui va la compenser, et que cela ne soit pas pris en charge par la solidarité. Ce qu'on dit, c'est : « Si l'assurance privée peut le faire, pourquoi la Sécurité sociale ne pourrait pas alors qu'elle permet une plus grande mutualisation, donc que cela coûtera beaucoup moins cher à tout le monde ? » Sachant que les besoins ne sont pas énormes. Ils ont été chiffrés à un point de PIB. Un point de PIB pour assurer à nos vieux parents une fin de vie tranquille, qui les remette debout, ce n'est pas cher payé. Cela mérite que la France se penche sur cette question-là et décide ce qu'elle veut faire. Est-ce qu'elle veut mettre plus d'argent ou est-ce que ce sont les familles toutes seules qui doivent se débrouiller ?

On parle parfois de maltraitance dans les établissements. Comment résoudre ce problème souvent lié des sous-effectifs ?

Oui, le véritable problème c'est celui des sous-effectifs. Parce que la prise en charge de la personne âgée est sans doute médicale ou médicalisée, mais alla est aussi dans l'accompagnement. Si on veut relaver quelqu'un, il faut vraiment avoir de l'attention, en particulier pour les personnes qui ont des maladies cognitives, neurodégénératives. J'ai vécu une expérience dans la maison de retraite de ma mère: j'ai vu une dame qui était complètement repliée sur elle-même, totalement absente au monde, l'aide-soignante a mis de la musique et est venue la chercher. La vieille dame s'est mise à danser et à un moment donné, elle a eu un sourire qui a éclairé son visage. Cela m'a bouleversée. Donc oui, on peut remettra tout la monda debout. Mais l'aide-soignante n'est alors pas qu'aide-soignante. Il faut aussi avoir des atomes crochus avec les patients et avoir du temps. C'est pour cela qua notre idée, ce n'est pas de peser forcément sur les coûts. De toute façon, cela va rester cher et cela va sans douta dépasser la retraite de la plupart des retraités français, donc il faut qu'un système de financement se mette en place. Sur le financement des maisons elles-mêmes et celui de l'amortissement, on a une proposition qui n'est pas que la nôtre et tend à s'étendre, c'est de remettre l'impôt sur la succession dans les conditions de 2007 c'est-à-dire qui exonère la résidence principale et sur cet impôt sur succession, prélever une taxe pour les maisons de retraite, de façon à ce qua là encore, ce soit la solidarité qui paie et pas la seul patrimoine de la personne qui est en perte d'autonomie. Parce que les familles donnant déjà beaucoup. Il ne faut pas continuer à dira que les gens se désintéressent de leurs vieux parents, ce n'est pas vrai.

Propos recueillis par Charlotte Cousin
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