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François Morel : « se souvenir des combats passés n'est décidément pas inutile »

Des Deschiens, aux chroniques radios en passant par la scène, nous avons cherché à savoir qui est cet homme-artiste attachant.

Nous voilà à la première décade de la grève à France-inter où chaque vendredi matin Francois Morel produit une rubrique (1). Un exercice hebdomadaire difficile dont il se trouve du coup dispensé.


« L’écriture de cette chronique m’obsède. Je lis beaucoup les journaux et le jeudi matin, si je n’ai rien trouvé, je m’oblige à m’assoir devant mon ordinateur et l’idée vient » avoue-t-il.


À leur époque, Les Deschiens pouvaient poser problème, donner l’impression qu’ils se moquaient des gens « simples ».


« Oui nous avons été critiqués. Notre volonté était plus poétique et rigolarde que sociologique. À y bien regarder, ça dépassait la condition sociale et touchait à l’intime de ces gens qui ne sont jamais montrés. On rit des bourgeois et ainsi on les fait exister. Les paumés, on les ignore. Ne les oublions pas ! »


Qui est François Morel ? Un chroniqueur, un écrivain, un chanteur, un clown, un danseur ?…

Interrompant l’énumération, il se déclare « comédien. Ça me suffit. Un comédien qui écrit ses spectacles. Ça me permet de choisir et de participer à des créations que j’aurais envie de voir. Les spectacles marquants sont ceux qui parlent de grands sujets, qui provoquent des relations sur le plateau et dans le public. On peut parler de grands sujets ou de sujets graves pour faire rire, mais sans leur enlever pour autant leur importance ou leur gravité. En rester à la seule ambition de faire « rigoler » me frustre. »


Dans le spectacle, la fin du monde est pour bientôt, la séquence sur ce « salaud de bonheur » laisse le public sans voix, comme pris à contre-pied.

« Ce n’est pas un spectacle de sketches. Je n’attends pas d’éclats de rire. Je prends le spectateur par la main. Le public est très concentré sur ce que je lui raconte. Il plonge dans cet univers poétique où chacun à cette image du bonheur qui s’en va ou risque de s’en aller. On reconnaît le bonheur au bruit qu’il fait quand il s’en va. Mais, au fait c’est de qui cette citation ? » Le comédien questionne du bout du pouce son smartphone pour répondre : « Jacques Prévert ! »


François Morel, serait-il pessimiste ? Trois secondes d’hésitation, l’œil qui frise et cette drôle de bouche qui ne rit parfois que d’un seul côté.

« Tout va bien, non ?! Le monde est en pleine forme ?! Je constate que mon spectacle (2) a plus de résonnance que lors de sa création, il y a 2 ans. Et je ressens, aujourd’hui plus qu’hier, cette envie et ce besoin d’être ensemble pour supporter, affronter, en ne riant pas n’importe comment. Depuis ce 7 janvier, c’est encore plus fort. »


Alors serait-il nostalgique ?

« Oui, nostalgique d’un temps où il y avait un peu plus d’espoir et d’avenir qu’aujourd’hui. Lorsqu’il fallait voter, mon père, cégétiste, disait toujours : « il faut voter rouge parce que ça rosit toujours. » Il existait à l’époque un espoir qu’il faut chercher aujourd’hui. Vous vous rendez compte ? On en est à dire que la Droite vaudrait mieux…parce que sinon !!!... Se souvenir des combats passés n’est décidément pas inutile ! »


En tout cas, il est tout sauf « futile » à la France.

« Je n’ai pas envie de raconter n’importe quoi quand on me donne la possibilité de m’adresser aux gens. Ce n’est pas pour rien que, pour débuter mon spectacle je viens de la salle. Je suis comme eux. Et si je m’autorise à monter sur la scène, c’est pour être sérieux, même par le rire ! Dans ce monde anxiogène et virtuel, il faut savoir quelle est sa place. C’est « politique » de partager « charnellement » des choses avec un peu d’humanité. Les autres pourraient m’en apprendre beaucoup. Je suis un privilégié. Ma petite entreprise marche bien. Je suis à l’abri matériellement. J’ai donc juste à poser des questions et pas de leçons à donner.»


François Morel ou « Morale » ?

« François Modeste, j’espère. Surtout pas moralisateur. J’essaye d’être d’accord avec moi-même. Le succès d’un jour n’est pas gagné dans la durée. Heureusement que j’ai ce doute qui lié au processus de la création. J’ai l’âge du départ en retraite de mon père, cheminot (sous-chef de gare à Flers). S’il était encore en vie, il serait abonné à votre magazine. J’ai de l’empathie pour le syndicalisme. Mais ce monde est devenu tellement dur… Et où est la place, dans ce syndicalisme, pour ceux qui ne peuvent pas entrer dans le monde du travail ?! »


Pour sûr, c’est un homme modeste et riche de sa volonté d’être comme son public.


Propos recueillis par Pierre Corneloup

 

(1) Ces rubriques sont reprises dans le livre François Morel Je veux être futile à la France, paru chez Denoël. À lire, absolument !
(2) La fin du monde est pour dimanche, en tournée dans plusieurs grandes villes de France : Limoges le 28 mai, Bordeaux les 30 et 31 mai, Festival d’Anjou le 26 juin… Renseignements sur le site de François Morel. À ne pas manquer, on n’y fait pas que rire !

Pierre Corneloup
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