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Yvan le Bolloch’ : « Le bonheur collectif reste à atteindre »

Rendez-vous pris avec un artiste surprenant, pote et frère de lutte. Suivons la Seine. La péniche près de la sienne s’appelle « Moi » . Mais, chez lui c’est le « Nous » du collectif et du solidaire qui compte dans la vie et la carrière.

Dans sa pièce, Barrage contre le Pacifique, dans laquelle vous avez joué, Marguerite Duras fait dire à l’un des personnages : « Le monde dans lequel nous vivons nous permet-il d’être heureux? » . Comment y répondriez-vous ?


Yvan rétorque : « Sujet de philo du bac ! » Il sollicite son épouse, la chanteuse Anouchka Lenders. Il l’écoute lui dire : « Si on se laisse pétrir par ce que l’on entend ou ce que l’on nous dit de ce monde, alors oui on est foutu. »


Il partage et poursuit : « Moi je suis heureux. Mais dès que j’ouvre la télé mon ciel de bonheur s’obscurci. J’ai atteint mon bonheur « domestique » . Mais le bonheur « collectif » reste à atteindre ! Dans cette société, on nous conduit à penser que nous sommes jugés sur ce que l’on a ou que l’on n’a pas! Hier c’était le livre et l’École de la République qui nourrissaient l’éveil des consciences sur le partage, la solidarité… Aujourd’hui c’est internet, ce terrible couteau à double tranchant. Les grandes marques sont aujourd’hui le mât de cocagne qui tient tout et une sorte d’esperanto un peu effrayant diffusant quelles valeurs ! »


Le ventre de la péniche nous berce imperceptiblement. Quel chemin creux de Bretagne vous a conduit aujourd’hui à la communauté gitane ? »


Yvan La Bolloc’h sort un livre au titre provocateur : Les Gitans ça vole les poules. Et il commente : « Très longtemps j’ai eu ces idées reçues… Ça ne sauve pas de tout d’être fils de « coco ». Nos préjugés sont ancestraux et forts concernant les gitans qui vivent à part. Jusqu’à ce que je tombe en arrêt devant leur musique. Un jour à Europe 1, il n’y avait personne pour interviewer les Gipsy-King. Ça n’est pas leur fort l’interview. Alors, Je leur ai demandé de jouer. »


« Comme si Bill Gates prenait sa carte à la Cgt ! »

Yvan ferme les yeux et revit le moment : « … J’ai reçu à la fois l’Eau, le Feu, la Vie, l’Amour, la Mort… Un choc ! Comme si j’apprenais que Bill Gates avait pris sa carte à la Cgt !… C’était parti ! Mais, ce n’est que 15 ans plus tard que je décide d’apprendre la guitare et leur « secret de la main droite. » Il va chercher sa guitare, l’accorde rapidement. Et se lance dans un déluge de notes et d’accords qu’il rythme de la main droite de cette façon si particulière qui, inconsciemment, vous fait battre du pied. « J’avais 35 ans, je n’avais jamais fait de musique… Sur le tournage d’un film de Jean Pierre Mocky, je croise un groupe de musiciens gitans. Ils m’ont fait la place. On s’est embarqué dans leur grosse Mercedes qui sentait fort l’eau de Cologne. On a fait la manche ensemble » Passant du passé au présent, il conclut : « A la fin je ne les quitte plus, je fais partie de la famille et ça continue ! »


« Solidaire dans l’oppression… pour en sortir ! »

La teinte dominante de votre carrière est le groupe, être un parmi les autres ?

« Oui ! Je préfère dire nous que je . Ne sommes-nous pas la longue chaine des opprimés… Solidaires dans l’oppression, donc solidaires pour en sortir ! Dès l’enfance, il y a toujours eu du monde dans mon entourage : sports collectifs, vie militante de mes parents… »


Est-ce ce même goût du collectif qui vous a fait, un moment, choisir le métier d’instituteur ?

« Oui et non. C’était en 1981. Mitterrand embauchait des instits. J’avais besoin de pognon et mon goût du moto cross coûtait cher. J’aurais bien aimé être prof d’histoire. En fait, j’ai commencé à travailler à 17 ans à Renault Billancourt. J’enfilais des durites sur des carburateurs ! Juste au-dessus de moi, se trouvait l’énorme pendule de l’atelier. C’était dur le boulot, mais j’étais super fier de cette condition ! À chaque fois que la grande aiguille passait à la minute suivante je pensais, comme disait l’autre : « Oui, La Classe ouvrière (ira) au paradis (1) ! »


Vie nouvelle consacrant son dossier aux femmes, Yvan Le Bolloc’h se devait de réagir à propos des femmes et du temps qui passe.

« Un progressiste ne peut ignorer la première des inégalités au monde qu’elles soient professionnelles, domestiques et par rapport à la violence aussi. Chez moi, on était de gauche mais ma mère se tapait tout ! Maintenant mes amis gitans rigolent lorsqu’ ils me voient passer l’aspirateur. »


« Quant à la question que pose la vieillesse, c’est finalement se demander comment faire d’un handicap un avantage ! J’essaye. Je constate les modifications de ma force physique. Mais je gagne en sagesse. Par exemple je mesure mieux aujourd’hui l’importance qu’a, pour notre public, ce qu’on lui donne. À chaque sortie de spectacle je vais donc voir les gens qui sont venus me voir. Quant à mon rapport aux anciens, je suis un peu un « fils de vieux ». J’aimais bien accompagner mes grands-parents lors des sorties ou dans les parties de dominos organisées pour les anciens de l’arsenal de Brest… »
« Et pour en revenir à mes amis gitans, sans vouloir culpabiliser qui que ce soit, leur culture et leurs conditions de vie font que, chez eux, c’est le groupe qui prend en charge ses « anciens » et non les maisons de retraites. »


Deux heures ont passé. Trop vite. Avons-nous rencontré l’artiste atypique ? Le pote ? le frère de lutte… Ou tous ceux-là à la fois. ?

Propos recueillis par Pierre Corneloup

(1) La classe ouvrière va au paradis : Film italien d’Elio Piétri, Palme d’or à Cannes en 1972.


Note :

A ne pas manquer chez votre meilleur disquaire : Le CD « La Manoucherie Royale » avec une reprise surprenante, de la chanson de Christophe « Les mots bleus », revisités comme le dit la pochette.

Pierre Corneloup
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