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Quand les traders ruinent les paysans

Les prix des productions agricoles sont trop bas depuis des mois et risquent de mettre en faillite des milliers de paysans. Cela aura des répercussions sur l’emploi dans les coopératives et l’industrie agro-alimentaire. Cette crise met en danger notre souveraineté alimentaire à long terme.

La crise agricole se traduit en France par une chute des cours du blé, du maïs, du lait, de la viande bovine et porcine et de bien d’autres produits. Les causes ont été évoquées dans Vie nouvelle N° 192. Sur moins de deux ans, les prix ont baissé de 30 % pour le blé, de 20 à 25 % pour le lait de vache, de 15 à 20 % pour la viande porcine.
En Bretagne, des organismes de certification des comptes d’exploitations porcines indiquent que « le revenu moyen est proche de zéro » depuis de longs mois et que « quatre éleveurs sur dix ont un revenu négatif ». Dit autrement, ils perdent de l’argent en travaillant.

Travailler à perte

En production laitière, le prix moyen d’équilibre pour tirer un revenu de son travail est de 350 € pour 1 000 litres de lait. Or, le prix moyen payé aux éleveurs en 2015 a été de 318 €. Dans la zone laitière du Massif Central où sont produits le Cantal, la Fourme et le Saint-Nectaire, le revenu annuel moyen est tombé à 6 040 € par actif en 2015, soit la moitié du revenu de 2014. Pour les éleveurs spécialisés en bovins à viande, le revenu moyen annuel par unité de travail a été de 9 000 € en 2015, avec de gros écarts entre les exploitations. Celles qui ont investi récemment pour se moderniser sont les plus en difficulté.
En raison de la libéralisation des échanges au niveau mondial, les denrées alimentaires sont désormais soumises à une spéculation permanente. Celle-ci s’exerce à la hausse chaque fois qu’apparaît un risque de pénurie. Mais les prix s’effondrent dès que l’offre mondiale des produits est supérieure de 3 à 4 % seulement, à la demande solvable.

Pourquoi les prix ont-ils ainsi baissé ?

Au niveau mondial, c’est le cas aujourd’hui pour le blé, le maïs, le lait de vache et la viande porcine. En Europe, la situation des marchés est aggravée par l’embargo russe sur les produits agricoles européens en rétorsion aux sanctions économiques que nos dirigeants ont imposées à la Russie, lui reprochant d’intervenir dans les affaires intérieures de l’Ukraine. Cette dernière, en revanche, bénéficie de facilités d’exportation vers les pays membres de l’Union européenne sans faire partie de l’Europe des 28.
Du coup, l’Europe a des milliers de tonnes de fromage, de beurre et de viande porcine en trop, ce qui fait baisser les cours sur le marché intérieur européen. Facteur aggravant, l’U.E. a choisi de ne plus réguler les volumes de production laitière par pays en mettant fin aux quotas en avril 2015. Cela a poussé plusieurs pays à augmenter leur production.Il faut enfin savoir qu’en Europe, mais pas seulement, un agriculteur ou éleveur ne fixe pas lui-même le prix de vente de ses produits. Il ne peut qu’accepter ou refuser les propositions du marché au risque de ne pas vendre.

Des prix au bon vouloir des marchés

Ainsi, le prix de la tonne de blé livrée au port d’exportation se cale grosso-modo sur le cours affiché du marché à terme, lequel est déterminé dans les salles de marché en un flux incessant de vente et d’achat. Le prix du lait de vache est fixé par la laiterie collectrice en fonction de la valorisation qu’elle en fait ou estime pouvoir en faire. Le prix de référence nationale pour le kilo de carcasse de porc est fixé deux fois par semaine au marché au cadran de Plérin (Côtes-d’Armor). Il fonctionne selon le principe des enchères descendantes. Un lot de cochons présenté par un éleveur se voit attribuer un prix de départ qui s’affiche au cadran lumineux. Le préposé aux enchères le fait baisser jusqu’à ce qu’un acheteur appuie sur la touche « achat » de son pupitre. L’éleveur garde alors la liberté de refuser ce prix s’il le juge trop bas. Mais il devra alors continuer de nourrir ses cochons bien qu’ils soient prêts à la vente.

Poussés à la faillite

Voilà pourquoi la crise agricole est très sérieuse. Dans les prochains mois, elle va déboucher sur des dépôts de bilans et sur une perte du potentiel de production en France avec des porcheries et des stabulations de bovins laissées à l’abandon. Le malheur des uns pouvant faire le bonheur momentané de quelques autres, des gros éleveurs avaleront des plus petits. Ils seront peut-être encouragés à le faire par les banques et les coopératives, au nom de la rationalisation et des économies d’échelle.
Mais ces concentrations créent plus de problèmes qu’elles n’apportent de solutions. Dans les Côtes-d’Armor, une étude commune de la Chambre d’Agriculture et du CERFrance départemental (réseau d’expertise comptable) montre que le revenu par vache n’augmente pas dans les grands élevages laitiers alors que l’autonomie fourragère diminue. Comme le montre la production porcine depuis cinquante ans, s’entêter à vouloir résoudre la crise par de nouveaux agrandissements des élevages prépare chaque fois de nouvelles crises avec des cycles successifs de gaspillages matériels et de souffrances humaines pour des éleveurs ruinés sans avoir démérité dans le travail pour tenter de s’en sortir.

Gérard Le Puill

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