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Repères › Santé

Stop aux conflits d'intérêt

À cause du désengagement de l’État de la formation et de la recherche médicale, des financements proviennent de l’industrie pharmaceutique. Les conséquences sont lourdes. Une réforme s’impose.

Depuis trop longtemps, les affaires s’accumulent, les gouvernements se succèdent, les scandales fleurissent, des promesses sont faites de mettre en oeuvre des mesures pour faire toute la transparence… et rien ne change !
Le dernier exemple est particulièrement éclairant. Il s’agit d’un professeur de pneumologie d’un grand hôpital parisien qui témoigne sous serment devant une commission d’enquête parlementaire sur la pollution. Il minore largement la toxicité des particules émises par les véhicules diesel et on apprend qu’il est consultant pour Total, depuis plus de 15 ans, avec une rémunération de 60 000 euros par an. Malgré la révélation de ce scandale, ce monsieur est toujours en poste et continue à diriger son service.

Dangereux intérêts

Tout cela vient après le scandale du Médiator® et de nombreux autres médicaments où des « experts » ont poussé à la mise sur le marché de remèdes dangereux, tout simplement parce qu’ils avaient des liens d’intérêts financiers avec les laboratoires qui les fabriquaient.
Le parallèle avec le scandale des Panama Papers est éclairant. Tout comme le PDG de la Société Générale, ce monsieur ne voit pas où est le problème ! Et pourtant, même si une partie de ces agissements sont légaux, ils sont surtout immoraux. Dans le domaine de la médecine, cette question de moralité est particulièrement importante. L’éthique et la déontologie sont des règles absolues et aucune dérogation n’est acceptable.

Objectivitéet déontologie

Des réformes sont donc urgentes et nécessaires. Il faut absolument que les médecins puissent bénéficier d’une information objective qui ne dépende plus de l’industrie pharmaceutique. Trop de revues médicales, de congrès, de séminaires sont financés par les laboratoires. Trop de professeurs d’université utilisent leur titre pour présenter, dans des articles ou lors de conférences, des informations biaisées ou incomplètes. Car en fait, ils sont rémunérés par l’industrie de manière directe ou indirecte. Tous ne sont pas forcément des personnes intéressées par l’argent. Mais face au désengagement de l’État de la recherche publique, ils doivent se tourner vers des financeurs privés pour effectuer leurs travaux.
Indépendance de la formation continue
Il est indispensable que la formation continue des médecins soit assurée par des organismes indépendants financés par l’État. La mise en place et le financement d’une telle structure ne devraient pas poser de problème. L’industrie pharmaceutique peut être mise à contribution. En effet, elle consacre plus de 25 % de son chiffre d’affaire à la promotion de ses produits, soit un pourcentage très supérieur à celui attribué à la recherche. Cela représente plus de 25 000 euros par an et par médecin.

Contrôle de la mise sur le marché

Il est par ailleurs urgent que les différentes agences créées ces dernières années et censées contrôler la mise sur le marché des médicaments, soient regroupées en une administration unique rattachée au Ministère de la santé. Cependant aujourd’hui, l’échelle nationale n’est pas suffisante car les laboratoires peuvent obtenir une autorisation de mise sur le marché (AMM) dans n’importe quel pays européen. Il faut donc aussi réfléchir à se doter d’une agence européenne de coordination qui aurait les moyens de contrebalancer les stratégies de lobbying de l’industrie pharmaceutique.

Des patients aussi sous influence

L’information de la population et l’éducation des patients ne peut être le monopole de l’industrie. L’aspiration de chacun à s’informer sur sa santé, les maladies et les traitements est légitime. C’est source d’une meilleure prise en charge. En effet, quand on comprend ce qui nous arrive, on peut mieux s’adapter et mobiliser ses moyens propres. Des études récentes ont montré que près d’une personne sur deux consulte Internet avant de se rendre chez le médecin. L’industrie l’a bien compris et a multiplié les sites de « conseils » où la publicité pour ses produits n’est pas loin. Nous pensons qu’il est de la responsabilité de l’État de mettre à disposition de la population directement et par le biais des personnels de santé, une information indépendante et fiable dans le cadre de structures publiques.
Il reste beaucoup à faire. Il est clair que sans une expression forte des patients et des futurs patients que sont tous les citoyens, le système actuel risque de perdurer avec quelques aménagements cosmétiques jusqu’aux prochains scandales.


Dr Christophe Prudhomme
Médecin urgentiste au Samu de Seine-Saint-Denis, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes hospitaliers de France (Amuf).

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