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Repères › Santé

Les patients oubliés

La loi sur la réforme territoriale et la loi santé viennent d’être votées. Les médias en ont largement parlé, en omettant d’évoquer toutes les conséquences pour les patients. La logique des réorganisations semble privilégier les métropoles au détriment du reste du territoire.

La réforme territoriale crée de grandes régions avec la concentration des lieux de décision au détriment de la proximité. Pour exemple, les Agences régionales de santé (ARS), préfectures sanitaires qui ont tous les pouvoirs pour organiser l’offre de soins, vont passer de 22 à 13. Les technocrates seront alors encore plus éloignés des réalités de terrain.
La loi santé pour sa part instaure des Groupements hospitaliers de territoire (GHT) qui créent une obligation de regroupement des hôpitaux sur des zones très étendues. Il est prévu au maximum 150 GHT pour l’ensemble du territoire national, soit une à deux structures par département. Et le gouvernement y va à marche forcée car la date butoir pour la mise en place des GHT est le 1er juillet 2016.

Lois complémentaires

Nous voyons donc que tout ce dispositif vise à poursuivre et surtout à accélérer les restructurations et les fermetures d’établissements. Deux exemples sont particulièrement éclairants : nous avons assisté à la fermeture de 2 maternités sur 3 depuis 30 ans et c’est maintenant le tour des services d’urgences avec la prévision de 70 fermetures.
Les conséquences vont être brutales. Les ARS dont le seul objectif est de faire des économies vont resserrer le noeud coulant des contraintes financières pour forcer les restructurations au détriment des petits établissements. En effet, l’établissement départemental ou supra-départemental de référence pensera s’en sortir en vidant de leur substance les hôpitaux locaux.
Pour les patients, il s’agit d’une catastrophe programmée. Plus d’hôpitaux de proximité et des hôpitaux éloignés et engorgés par toute la population d’un département. Alors qu’on nous bassine avec la médecine ambulatoire, notamment la chirurgie, qui mieux que les hôpitaux de proximité peuvent assurer cette mission ?

Contradictions

De plus, à l’issue de la COP 21, on nous parle de circuits courts. Toutes les politiques menées actuellement visent à désertifier les territoires et à concentrer tous les moyens dans les grandes villes. Il s’agit aussi d’un non-sens au niveau financier car le poste de dépenses de l’assurance maladie qui augmente le plus ces dernières années est celui des transports sanitaires.
Vers la privatisation
Au-delà de la logique de la grande compétition mondiale où il faudrait soi-disant concentrer les moyens dans un nombre de pôles de compétitivité limité, l’ouverture du marché de la santé motive aussi les restructurations. Face à un service public qui se dégrade, le terrain est laissé libre au secteur privé lucratif d’hospitalisation qui se positionne en concurrence directe avec les grands hôpitaux publics. L’exemple le plus éclairant est l’autorisation accordée par les pouvoirs publics de l’ouverture d’une clinique de 500 lits à la gare TGV de Reims. Elle sera en concurrence directe avec le CHU alors que dans le reste de la région les hôpitaux sont fermés ou réduits à leur plus simple expression. Il est clair que dans cette situation, le CHU aura du mal à répondre à ses missions de service public, avec des délais de prise en charge qui s’allongeront et qui inciteront ceux qui le peuvent (à savoir ceux qui pourront payer les dépassements d’honoraires) à se diriger vers la clinique.

Dire non à l’isolement

Nous sommes donc bien face à une vraie stratégie s’appuyant sur tout un arsenal législatif visant à réorganiser nos territoires en fonction de la logique libérale marchande. Les populations concernées se sentent complètement abandonnées par l’État - ce qui peut en partie expliquer le vote Front National. Au fil des années, tous les services publics disparaissent les uns après les autres. Cette situation crée une spirale infernale de désertification qui impacte y compris les médecins généralistes libéraux. Ils disent clairement qu’ils ne veulent pas s’installer là où l’hôpital ferme et où ils seront complètement isolés.
Ces dernières années de plus en plus de luttes ont été menées pour défendre les hôpitaux de proximité, avec plus souvent qu’on ne le croit, de vrais succès. Maintes fois, les retraités ont été les chevilles ouvrières de ces batailles. Il va falloir de nouveau se mobiliser pour poursuivre et amplifier ces luttes.


Dr Christophe Prudhomme
Médecin urgentiste au Samu de Seine-Saint-Denis, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes hospitaliers de France (Amuf).

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