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Livre. La saga d'un senior à la recherche d'un emploi

Jean Francheteau, cadre supérieur au sein de la multinationale Kodak, rejoindra la cohorte des chômeurs en 1993. Il a 52 ans. Il lui faudra huit ans pour retrouver un emploi à la hauteur de son tempérament.

Le géant américain de la reproduction photographique argentique, Kodak, créé en 1888, règnera en leader d’une activité internationale qui lui permettra d’atteindre en 1991 le chiffre d’affaires de 19,4 milliards de dollars pour chuter à 7 milliards en 2010 et s’éteindre en 2013. Jean Francheteau sera témoin de sa chute inéluctable.

La chute sans parachute

Au fait de son aura, la multinationale sera associée à tout ce qui, de près ou de loin, exposera l’image et le film, du sensationnel au luxe en passant par tous les angles de la vie sur toute la planète. Quand les prémisses de la révolution numérique pointeront leur nez, le géant ne bougera qu’à la marge, certain que sa puissance de feu va certes se déplacer, mais ne remettra pas en cause son prestige et sa domination. Erreur fatale !

Jean fera partie de ceux qui paieront la note de cette stratégie aveugle, après vingt quatre ans de bons et loyaux services. Seul, à la fin de 1993, après une période de mise en condition appelée « outplacement » il sera officiellement chercheur d’emploi.

L’hécatombe

Le groupe Kodak commencera à se séparer de ses 90 000 collaborateurs dans le monde, dans un contexte d’instauration du chômage de masse. En 2006, Kodak invoquera le tournant numérique et le déclin de l'activité photographique traditionnelle pour justifier la fermeture du site historique de Chalon sur Saône, ville où Niépce avait réalisé ses premiers clichés en 1827. Plus de 8 000 emplois seront touchés dans l’Hexagone.

Depuis 2014, Kodak tente de repartir avec des capteurs de grande qualité pour Leica et pour smartphone ainsi que des produits numériques pour l’industrie graphique..

La traversée du désert

Jean ne restera pas l’arme au pied. Il fera le tour de sa profession certes, mais aussi de l'édition, de l'automobile, de la santé, et de la radio. A chaque fois, ses nombreuses expériences seront avortées pour des raisons toujours différentes mais irréversibles. Il touchera même le fond, sans indemnité, obligé de piocher dans ses économies pour survivre. « La recherche d’emploi, pour un sénior de plus de 50 ans, c’est une expérience humiliante très difficile à vivre », nous dit-il. Pour résister, il aura deux atouts, une vie familiale et affective heureuse et la passion du Jazz.

L’oasis est publique !

Ivryen de longue date, ancien militant du PSU, il fut contacté par ses camarades socialistes élus au Conseil Municipal sur une liste d'Union pour être leur collaborateur. Dans la foulée, il rencontrera Pierre Gosnat, le maire communiste élu en 2001. Le courant passera. Il travaillera avec l'élue en charge du développement économique et favorisera la création du premier Forum de l'emploi de la ville. Il travaillera également très étroitement avec les élues en charge de la petite enfance et des personnes âgées, deux secteurs à dimension très sociale.

Dans la foulée de cette renaissance bonifiante, il participera, au niveau associatif, à la création de Jazz Ivry, une grande réussite qui en fait aujourd’hui un des meilleurs plateaux de l’expression du jazz en Île de France.

De ce rebondissement, Jean tirera deux leçons.

La première, c’est la primauté du service public dans les relations humaines, surtout à un moment où il faut faire contrepoids à une tendance qui, à l’instar de la loi Travail, accélère l’ubérisation des emplois.
La seconde, c’est que pour s’en sortir, il ne faut jamais perdre confiance en soi, même dans les moments les plus durs. Pour lui, « il n’y a aucune incompatibilité entre la réalisation du défi personnel dont il a suivi les règles dans le privé et l’engagement citoyen dont notre société a tant besoin en ce moment ». Jean a aujourd’hui 74 ans. Il a quitté le PS depuis trois ans. Il n’a pas accepté le virage libéral de son parti et reste profondément attaché aux valeurs humanistes qui ont toujours donné un sens à sa vie.

« Je suis heureux, dit-il, de transmettre mon expérience aux lecteurs de Vie Nouvelle et aux syndicalistes de la CGT. »

Yvon Huet

 

Jean Francheteau, Turbulences d’une vie professionnelle, de Kodak au service public, l’Harmattan, 20 €.

 

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