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L'hommage de la CGT à Georges SEGUY

« Il est des hommes qui font partie de notre histoire, de l’Histoire et dont on oublie qu’ils peuvent être mortels » écrivait avec tristesse et douleur avant-hier à la famille de Georges, Gilbert Garrel, actuel secrétaire général de la fédération CGT des cheminots, « ma fédération » comme aimait l’appeler Georges.


Cher-e-s amis, cher-e-s camarades,
Mesdames, Messieurs,


« Comment résumer en quelques mots tout ce qu’il a pu nous apporter ? Son parcours est en lui-même une leçon d’engagement, de courage, de travail et de conviction. Mais il y a aussi l’homme simple, disponible, humain, modeste, toujours à l’écoute, restant informé de l’actualité et de la vie de la CGT. Témoin et acteur de périodes marquantes dans notre histoire il a su, toujours avec beaucoup d’attentions et de bienveillance transmettre les bons messages à ceux auxquels il s’adressait. Il aimait passer à la jeunesse le relais de ce qu’il avait vécu avec l’optimisme, la détermination et l’humilité qui font les grands hommes ».


Philippe Martinez et Grégory Roux

« Envahissez-nous » s’exclame-t-il à la Tribune du congrès de Lille en 1982, s’adressant aux jeunes, au moment de quitter ses responsabilités à la tête de la CGT. Des jeunes, auxquels il a toujours fait confiance, auxquels il reconnaissait la place indispensable dans la CGT afin qu’elle soit représentative de l’ensemble des travailleurs et en phase avec les évolutions de la société. D’une CGT qui porte en elle la force de poursuivre au fil des générations l’âpre et motivant combat de « transformer le monde dans le sens du bonheur pour tous ». Un combat pour lequel Georges s’est d’ailleurs engagé dès son 15 ème anniversaire en adhérant au communiste français. Parti dans lequel il militera sans relâche et occupera d’importantes responsabilités.

Ces rapports entre la CGT et la jeunesse ne cessent de préoccuper Georges qui crée en 1969, après les évènements de 1968, le centre confédéral CGT de la jeunesse. Il ne manque aucune occasion d’être aux côtés des jeunes dans les lycées, les universités, dans la CGT pour se faire un des témoins de ses combats dans la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale.

Georges n’a que 17 ans lorsqu’il annonce à son père, après une nuit de sommeil et de réflexion, ne plus vouloir aller à l’école et vouloir rentrer dans la Résistance, participer à la Résistance pour « venger Pierre Sémard », ami intime de la famille Séguy, et secrétaire général de la fédération CGT des cheminots qui venait d’être exécuté par les nazis.

Trop jeune pour prendre les armes, l’Etat-major des francs-tireurs partisans de la Haute Garonne affectera Georges dans une imprimerie clandestine où il apprend le métier de conducteur Typographe et participe à la confection de tout le matériel falsifié ou clandestin dont la Résistance a besoin : cartes d’identité, certificats de travail, livrets de familles à l’attention des militants clandestins et pour aider les juifs…tracts, et autres journaux illégaux. Et comme un trait d’union avec un avenir dans la famille cheminote qu’il ne soupçonne pas encore, il conclut régulièrement l’énumération des tâches qu’il accomplit par la fierté d’avoir imprimé La Tribune des cheminots clandestine de la Région de Toulouse.

Il est à ce moment loin d’imaginer que la fédération des cheminots jouerait la carte de la jeunesse pour remplacer au secrétariat fédéral Lucien Midol et Marc Dupuy et qu’il deviendrait à 22 ans, un des secrétaires de la fédération CGT des cheminots, au congrès de juin 1949.

Georges est chargé de mission par l’Etat-major des FTP et effectue la liaison entre la direction de l’imprimerie et les organisations illégales de la CGT, du Front national et du PCF.

Le 4 février 1944, Georges et ses collègues sont arrêtés par la Gestapo, sur dénonciation. D’abord incarcéré à la Prison Saint Michel puis conduit au camp de transit de Compiègne, il est déporté le 26 mars 1944 dans le camp de la mort de Mauthausen, d’où il est libéré très affaibli, le 28 avril 1945. Ces 13 mois d’épreuves inhumaines marquent à vie Georges dans son engagement. « Dans la mesure où j’avais eu la chance inestimable de figurer parmi les rescapés, ma vie en quelque sorte ne m’appartenait plus ; elle appartenait à la cause pour laquelle nous avions combattu et pour laquelle tant des nôtres étaient morts », insiste-t-il.

Jusqu’au bout de ses forces il se fait un devoir d’agir et de transmettre les témoignages et les enseignements de cette période sombre de sa vie, celle de notre pays, pour laquelle il fait le serment d’indélébilité, ce fameux serment des anciens de Mauthausen de poursuivre la lutte par et pour « l’édification d’un monde nouveau, libre et juste pour tous » incompatible avec le système capitaliste et ses déviances fascistes.
Le 6 mars 2012, à la veille du 70 ème anniversaire de l’assassinat de Pierre Sémard, il laisse un témoignage d’une richesse inestimable dans les esprits des quelques 250 jeunes cheminots CGT venus chercher dans leur histoire les racines de leur avenir.

Dans ces moments douloureux, il est certain qu’ils partagent nos souffrances autant qu’ils mesurent la fierté, le privilège d’avoir vécu cette rencontre avec Georges.

La famille cheminote et la famille des travailleurs perdent un des leurs. Georges intègre en effet la SNCF en avril 1946 au service électrique de l’ex réseau Midi pour ne plus la quitter jusqu’à sa retraite. Subissant à n’en pas douter les affres de ses engagements, sa carrière professionnelle n’évolue guère. Dans un entretien à La Vie du Rail du 21 août 1996, il témoigne qu’il fut longtemps « le plus ancien dans le grade le moins élevé ». Il profite cependant du contact avec Michel Bergé pour apprendre en parallèle la maîtrise du métier et de l’action militante.

La famille CGT perd un des siens. Georges qui avait adhéré à la CGT avant de rentrer à la SNCF en octobre 1945 devient rapidement responsable du syndicat CGT des cheminots de Toulouse. Il est membre de la commission administrative de l’UD de Haute Garonne. Portant de grands espoirs en lui, Robert Hernio, futur secrétaire général de la fédération, bien plus sensible à la clairvoyance qu’à la voyance loue, devant le congrès de la fédération CGT en 1953, « les compétences et l’intelligence » de Georges, lui prédisant un grand avenir. Un avenir qui le conduit à devenir secrétaire général adjoint de la fédération en charge des actifs au congrès de janvier 1956 puis secrétaire général de la fédération au congrès de mai 1961. Responsabilité qu’il occupe jusqu’en novembre après être devenu secrétaire confédéral en mai 1965. Il succède à Benoit Frachon lors du 35 ème congrès de la CGT en juin 1967, 11 mois avant mai 1968.

Volontairement limitée hier par ses détracteurs et aujourd’hui par les charlatans de l’Histoire à un mouvement étudiant, Georges aime rectifier les propos déformés sur Mai 68. Lors d’une émission à laquelle il participe au tout début de la grève, Jean Pierre Elkabbach, faisant référence au mouvement des étudiants, ose lui demander : « N’avez-vous pas l’impression de prendre le train en marche, Monsieur Séguy ? ». En bon footballeur et de surcroit cheminot, il tacle son interlocuteur en beauté en lui répondant : « Les trains, impossible de les prendre en marche ». Ni une, ni deux, Georges téléphone « à ses copains de la fédération des cheminots », comme il dit. Des copains qui lui expliquent que le lendemain tous les trains seraient arrêtés. Impossible à quiconque de pouvoir prendre le train en marche.

Il concèdera par la suite que le fait d’avoir une information aussi précise de sa fédération lui aura permis d’annoncer avant même que ce soit évident que nous allions vers une grève générale, vers un mouvement extraordinaire. Ce qui fût le cas et permis à Georges qui conduit la délégation pour discuter des revendications à Grenelle de s’exprimer au nom de 9 millions de grévistes et pas seulement au nom de quelques centaines de milliers de syndiqués.

Fort de cette expression revendicative massive et unitaire, le mouvement débouche sur des avancées importantes pour les salariés avec entre autres l’augmentation de 35% du salaire minimum, la légalisation des sections syndicales d’entreprises… De mai 1968, Georges vante notamment le caractère démocratique de la « première expérience d’autogestion d’une grève générale» dans l’esprit de permettre aux travailleurs d’être les décideurs de leurs actions et de leur avenir.

Car il avait fondé son engagement politique et syndical sur la nécessité d’inventer un monde nouveau au-delà de tous les systèmes qui avaient failli. Et à ses yeux, ce but doit entraîner tous ceux qui veulent aller de l’avant, comme il le confie à Marcel Trillat lors d’un entretien pour France 2.

C’est ce qui a guidé toutes les ambitions qu’il a pu porter, non sans débats et oppositions dans la CGT, pour tenter de renforcer le rapport de forces en faveur des travailleurs en cherchant à élargir l’influence de la CGT dans toutes les couches du salariat. Il crée le CCJ. L’UCR est aussi créée alors que Georges est secrétaire général de la CGT. L’UGIC, créée en 1963 devient l’UGICT en 1969 avec une toute autre ambition de développement de la syndicalisation chez les ICT. Georges milite également sans cesse pour l’unité d’action entre toutes les forces syndicales ainsi que pour l’indépendance de la CGT vis-à-vis de tout pouvoir qu’il soit patronal, gouvernemental mais aussi vis-à-vis des partis politiques tout en veillant à ce que la CGT s’implique dans la vie politique.

Georges quitte ses responsabilités en 1982 en restant toutefois membre de la CE confédérale jusqu’en 1992. Militant infatigable de la paix indispensable à toute ambition de développement humain, il est l’un des principaux animateurs de l’Appel des Cent pour la Paix et le désarmement où fidèle à son esprit d’ouverture il œuvre au rassemblement de personnalités d’horizons divers. Tout jeune retraité, il s’implique profondément dans la transmission de l’Histoire CGT en fondant en 1982 l’Institut d’Histoire sociale dont il sera Président.

Il n’a cessé jusqu’au bout d’apporter son analyse, ses réflexions sur le monde, sur la société, sur les enjeux politiques et sociaux sans déroger aux principes fondamentaux de la CGT que les générations précédentes de militants lui ont transmis.

Nous le savions très affecté par la disparition l’an dernier de Cécile, son épouse avec laquelle il s’était marié le 30 avril 1949. Georges et Cécile ont trois enfants de leur union : Une fille Danielle, et deux fils Claude et Michel.

Georges, c’est avec un profond respect, une reconnaissance inestimable, que nous sommes réunis aujourd’hui pour te saluer.

Ton absence va laisser un grand vide dans notre maison, mais tes engagements, tes combats, tes espoirs, tes rêves, vont continuer encore longtemps à donner du souffle à nos combats, tes combats.

« La CGT c’est beau ». Ce sont tes mots au moment de quitter ta responsabilité en 1982. Georges, au nom de toutes les femmes et tous les hommes de la CGT, merci pour tout le patrimoine que tu nous lègues ; Un patrimoine que tu as toujours cherché à enrichir.

Nous sommes fiers d’être les héritiers d’une Histoire que tu as contribué à écrire. Cette Histoire, nous avons la difficile mais passionnante responsabilité de continuer à l’écrire, pour un jour, le plus rapidement possible, « transformer le monde dans le sens du bonheur pour tous ».

Le 15 septembre, lors de la prochaine journée d’action interprofessionnelle sur la loi travail, nul doute que tu seras présent dans l’esprit de toutes celles et ceux qui ensemble veulent aller de l’avant. Chère Dany, cher Michel, chère Denise, chère Dédée, chère Monique, chers Rémy, Mathilde, Audrey, Denis, Thomas, chère Louise, vous perdez l’un des vôtres.

Je tiens au nom de toute la CGT, au nom de Philippe MARTINEZ son Secrétaire Général, à vous témoigner toute notre amitié et notre affection. Sachez compter sur notre soutien dans l’épreuve que vous traversez et sur notre engagement à faire vivre l’héritage de votre père, de ton frère, de votre grand-père, de ton arrière- grand-père, de votre parrain, notre ami et camarade. Vous pouvez, nous pouvons toutes et tous en être fiers.

Nous serons honorés de vous compter parmi nous lors de l’hommage que la CGT rendra à son secrétaire général au mois de septembre prochain ; ainsi que lors du prochain congrès de la fédération CGT des cheminots en janvier prochain qui célébrera les 100 ans d’existence d’une fédération qu’il a fait grandir, sa fédération des cheminots. Merci.


Montreuil, le 18 août 2016

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