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Retour sur quatre mois de lutte contre la loi Travail

Si l'on se réfère uniquement au constat que le mouvement contre le projet de loi n'a pu empêcher son adoption, on peut parler d'échec. Ce serait pourtant une erreur de ne pas mesurer les acquis de ce mouvement, des acquis durables à développer.

Pour plusieurs raisons, le contexte était peu favorable à la mobilisation. Le projet émanait d'un gouvernement dit de gauche qui comptait nombre de sympathisants au sein de l'ensemble des organisations syndicales du pays ; les militants syndicaux comme les salariés avaient vécu durement l'incapacité du formidable mouvement de luttes en 2010 à empêcher l'adoption des réformes de Nicolas Sarkozy ; la crédibilité des mobilisations syndicales et sociales était mise en doute, d'autant que l'unité syndicale réalisée alors semblait incertaine cette fois, la CFDT paraissant d'emblée favorable au projet moyennant quelques aménagements.

De façon générale, la dégradation de la situation sociale en France, la peur du chômage et des conséquences de la crise, les menaces et les conflits qui déchiraient de nombreux pays et enfin, le plus inquiétant, l'angoisse suscitée par les attentats terroristes à Paris et à Nice, ne favorisaient guère la combativité. À cela, il faut ajouter l'arsenal idéologique qui a accompagné le projet de loi.

Une bataille d’idées gagnée par les opposants à la loi

Car, si le gouvernement s'est bien gardé de consulter les organisations syndicales, il avait soigneusement préparé le lancement et la promotion de son projet. Rappelons-nous : il s'agissait de simplifier un code du travail pour les employeurs comme pour les salariés. Certains présentateurs zélés de journaux télévisés n'hésitant pas à comparer le poids et l'épaisseur de notre code avec la législation d'autres pays...

L'argument du poids n'en était pas un, celui d'une simplification qui devait faciliter la création d'emplois s'avérait plus pernicieux : faciliter « la mobilité de l'emploi », entendez les licenciements, devait favoriser chez les employeurs l'envie d'embaucher. Mais affirmer que licencier favoriserait l'embauche était difficile à soutenir.Au final, il faut bien constater que l'objectif était bien de réduire les droits des salariés à leur plus simple expression.

Pour parvenir à convaincre une majorité de salariés et de citoyens du danger de la loi, il aura fallu de la part des organisations syndicales un investissement d'idées, d'arguments et d'actions dont nous ne devons pas sous-estimer l'ampleur et les effets.

L’effort de décryptage et d'explicitation des contenus de la loi Travail a payé : le projet a été rejeté par plus de 70 % de l'opinion et 85 % de la jeunesse et ce, malgré la pression constante des médias dominants acquis à sa défense.

L’unité syndicale maintenue

Pour faire accepter son projet le gouvernement a tenté de créer un pôle « réformiste » autour d'une CFDT consentante, afin d'isoler la Cgt. Il n'y est pas parvenu. Le front syndical constitué par la Cgt, FO, la FSU, Sud, Solidaires et les organisations de jeunesse a tenu et s'est même renforcé. La CFE/CGC n'a pas rejoint l'intersyndicale, mais a affirmé haut et fort son opposition au projet de loi Travail qui n'a obtenu que le soutien des seules CFDT, Unsa et CFTC.

Malgré une répression féroce

Du jamais vu depuis longtemps. L'instrumentalisation de groupes de casseurs dans les manifestations visant explicitement à faire peur à l'opinion, à occulter les raisons du mécontentement et les responsabilités du gouvernement a atteint des sommets. Une campagne assortie de toutes sortes de manipulations de la part de l'exécutif et des médias, contre les arguments des syndicats opposés au texte, contre les mobilisations qualifiées de violentes ou en perte de vitesse, contre la Cgt en particulier, accusée de dégradations et même de « terrorisme » au moment où le pays était sous le coup des attentats terroristes...

Tout cela n'a pas empêché 14 journées d'actions contre la loi Travail sur quatre mois, un record dans ce domaine, et 3 manifestations des retraités réunis à l'appel de neuf organisations pour le pouvoir d'achat des pensions.

Un mouvement social conscient et déterminé

Ce mouvement, inédit sous un gouvernement dit de gauche, par son ampleur et sa durée, a donc résisté à toutes les pressions, les répressions, les discriminations et a su convaincre une large majorité de l'opinion. Au point que le gouvernement s'est trouvé dans l'incapacité de faire adopter son projet de loi par sa majorité parlementaire et a dû l'imposer par la force de la procédure du 49-3. Au point que le Président Hollande demeurera le Président le plus impopulaire de la Ve République et qu'il renoncera, fait sans précédent, à se représenter. Une « victoire » à la Pyrrhus.

Les reculades du candidat Fillon sur la Sécurité Sociale et les nombreuses réactions à ses propositions régressives ne sont pas étrangères à la mobilisation. Manuel Valls lui même, bravant le ridicule, en vain, a dû faire étalage de ses réserves sur la procédure du 49.3 !

La prise de conscience de la nocivité des atteintes au droit du travail constitue un atout aujourd'hui, face à la mise en œuvre des décrets d'application de la loi et demain, face à un gouvernement qui tenterait d'en aggraver les termes.

Pascal Santoni

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