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Rencontre avec... Natacha Ezdra : émotion et réflexion

La chanteuse poursuit de son pas les enjambées du grand Ferrat. Si la démarche est différente, leur horizon est commun. Entre la rencontre sur l’île de Ré et sa présence au 11ème Congrès de l’UCR à Bordeaux, Natacha Ezdra nous a parlé de son nouveau spectacle de création.

À l’automne dernier, l’île de Ré pour marquer les 80 ans des congés payés, ce printemps, à Bordeaux pour le 11ème Congrès de l’UCR-CGT. Comment vivez-vous ces rencontres ?

Je garde un très grand et très beau souvenir de cette rencontre de l’île de Ré. J’ai attendu avec impatience les retrouvailles bordelaises. J’étais comme en immersion profonde avec les gens. Ça nous arrive rarement qu’il en soit à ce point. « En avant pour un grand bond en arrière ! » chantait en son temps François Béranger*. Prémonitoire ? En tout cas celles et ceux qui étaient là m’écoutaient interpréter Ferrat aussi pour se redonner espoir, regonfler leur énergie. Ils et elles étaient là. Et bien vivants. Nous avons trouvé nos chemins d’engagement, de résistance et d’invention. Les générations actuelles vont trouver les leurs. C’est quand on va toucher le fond que l’on s’indigne !

Une chanson suffit-elle à redonner espoir ?

J’ai, quant à moi, toujours eu le désir de chanter des textes qui avaient quelque chose à dire. Des textes pour faire réfléchir et qui déclenchent là une émotion, ici la dénonciation d’une injustice…. Ma démarche ne s’arrête pas à un seul choix esthétique. Il faut que le contenu de ce que j’interprète me ressemble et je n’ai jamais caché mes idées.

La chanson est en train de perdre cette dimension de patrimoine social et fédérateur qui donne espoir et envie. Regardez, il est de moins en moins courant de passer des Brel, des Brassens ou des moins connus comme Leprest. C’est dramatique que le grand et large public, avec un grand P, n’ait pas accès à cette diversité culturelle. Je suis aussi auteur, mais l’écriture n’est pas pour moi viscérale. J’aime beaucoup aider à faire partager ce qu’ont fait les autres. Je cultive aussi - comme Jean Ferrat le faisait - cette idée de faire partager au pratique amateur le travail de création avec les professionnels que nous sommes.

Au-delà du fait que vous reprenez ses couplets, vous vous placez donc « politiquement » dans les pas de Jean Ferrat ?

Politiquement, c’est sûr. Mais ce qui lui a plu, c’est ma relecture de ses chansons. Véronique Estel - fille de son épouse Christine Sèvres - m’a dit qu’elle n’avait jamais pensé chalouper un jour sur les textes de son père adoptif. Jean était très touché par cette « nouvelle actualité » que mon interprétation cherche à donner à ses chansons. Il était soucieux que les textes soit perçus, il me disait : « bien ! Mais attention que la musique ne soit pas plus forte que les mots que tu chantes ! » Il avait une seule réserve, finalement dépassée, ma reprise de Nuits et brouillard. Elle est tellement lourde de sens pour lui - son père est mort en déportation à Auschwitz - qu’il avait peur qu’on y touche.

Natacha Ezdra n’est donc pas qu’une sorte de vestale empêchant que s’éteigne l’œuvre du grand Ferrat ?

Non. Les chansons de mon nouveau spectacle qui s’appellera peut-être « Des bouts de moi », en référence à l’album sorti en 2007, sont de l’ordre de l’intime. Ce sont mes idées et sentiments personnels. Je ne suis pas musicienne… Si ce n’est pour écrire la « mélodie des mots ». Je confie la vraie mise en musique à des compositeurs avec je suis en phase… Et je suis à chaque fois fébrile de savoir ce que ça va donner. Je reprends donc un spectacle de création avec mon équipe. Cette notion d’équipe est très importante pour moi dans ce métier…. Je suis d’origine bulgare. L’une de mes chansons est la mise en paroles d’une musique populaire de ce pays. La polyphonie des voix et des cultures, ça me transporte !... Et une ou deux chansons de Ferrat émailleront le récital.

A l’île de Ré ou à Bordeaux que nous auriez-vous dit ?

Banalement : « Courage ! Ne lâchez rien ! » Plus précisément, j’ai plutôt envie de reprendre à mon compte la réaction d’un spectateur de Créteil qui, à la fin de mon spectacle, m’a dit : « en ce moment, la politique ne m’enchante vraiment pas et ne donne plus d’espoir… Ce spectacle a été pour moi une sorte de moment de militantisme et d’espérance. »

Propos recueillis par Pierre Corneloup


* Chanteur des années 80/90 qualifié à l’époque de libertaire, sa chanson En avant, dont le refrain final reprenait cette phrase, créée en 1990, dénonçait, déjà à l’époque, les attaques contre les acquis du Front Populaire.

 

Quelques dates à venir pour retrouver Natacha Ezdra. Le 27 juin à Gréoux-les-Bains (04), le 30 juin à Pont-de-Vaux (01)…

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