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Livre. Les prédateurs au pouvoir

« N’acceptons pas l’inacceptable. » nous disent Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon. Au moment où les politiques libérales menacent la retraite solidaire par répartition, le regard pertinent de ces deux sociologues, anciens directeurs de recherche au CNRS et spécialistes des grandes fortunes françaises, incite à la mobilisation. Entretien.

Qui sont les retraités aujourd’hui ?

Nous allons sans doute vous paraître impertinents, mais pour nous, sociologues et spécialistes de la grande bourgeoisie, il n’est pas indifférent de débuter cet entretien en rappelant qu’il existe des retraités et des rentiers. Évidemment, la retraite des ouvriers et des employés n’a rien à voir avec celle de ces familles de rentiers qui sont en retraite toute leur vie.

Ceux-ci s’accaparent l’essentiel des pouvoirs et des richesses produites et se les transmettent de génération en génération. Ils sont dans une logique de dynastie et bénéficient d’une sorte d’immortalité symbolique. Certaines grandes entreprises forment elle-mêmes les héritiers à la transmission et la gestion du patrimoine. D’ailleurs, dans ce milieu, on n’est pas en retraite, juste retiré des affaires.

À l’inverse, il y a tous les autres. Ces retraités qui ont travaillé des décennies durant. Initiés à la lutte des classes, ils pensent pouvoir légitimement continuer à vivre dignement après le travail. Mais la plupart arrivent fracassés à la retraite. Victimes des inégalités d’une vie au travail, des bas salaires, des pires conditions de travail, des expositions aux risques…
Des conséquences qui s’accentuent au moment de la retraite. Ce pouvoir de l’argent sous le néolibéralisme contamine tout. Il détruit le bien commun. Il est cynique et violent.

Quel regard la société devrait-elle avoir sur cette catégorie sociale ?

Pour le sociologue, la catégorie sociale des retraités n’existe pas. Il n’y a pas la société et un regard. Mais plusieurs regards. Ainsi, si les retraités sont stigmatisés, et c’est évidemment le cas, ils le sont d’abord par les néolibéraux qui, une bonne fois pour toutes, veulent déshumaniser tous ceux qui ne sont pas de leur monde. Pour eux, les retraités sont un coût et une charge. Donc, ils ont vocation à disparaître le plus rapidement possible. Il faut les faire travailler le plus longtemps possible pour qu’ils soient le moins longtemps possible à la retraite. C’est un regard. Mais il y en a d’autres. Celui des classes moyennes pour qui la retraite est active, socialement utile, valorisante et épanouissante.

Et puis il y a celui des classes populaires qui elles, voient la retraite comme une libération du travail enfin et à n’importe quel prix. Pour toutes, la qualité de la retraite est conditionnée au montant de la pension. Vous voyez bien qu’être retraité ouvrier ou multi actionnaire n’est pas tout à fait la même chose. On va vers la mort avec des atouts différents sur le plan social, économique, culturel et humain. La retraite reproduit et aggrave l’ordre social.

Les retraités peuvent-ils peser pour inverser l’ordre des choses ?

Le monde des retraités est très divers. Nous mettons en regard les retraités riches et les pauvres. Ainsi, on perçoit mieux la réalité que vivent ces derniers. Évidemment et comme tout le monde, les retraités doivent, eux aussi, créer un rapport de forces. Les retraités des catégories populaires sont socialement plus faibles que lorsqu’ils travaillent. Pendant la vie de travail, il y a des moyens de se faire respecter (le collectif de travail, le syndicat…).

À l’inverse, les retraités sont plus démunis pour se faire respecter. Ils doivent donc eux aussi créer un rapport de force. Le syndicalisme de retraités est indispensable pour la revalorisation des pensions, l’accès aux soins, à la culture, aux loisirs, au logement... Pour nous, il va de soi que les retraités doivent s’organiser et se mobiliser. Ils ne doivent pas accepter l’inacceptable et prendre conscience, qu’ensemble, ils représentent une force loin d’être négligeable.

 

Y a-t-il assez d’argent pour financer un système de retraites qui ne soit pas le règne du chacun pour soi comme d’aucuns voudraient le mettre en place aujourd’hui ?

Les enveloppes de ressources actuellement inaccessibles existent. Il suffirait d’avoir la volonté politique de les ouvrir. Par exemple, celle de l’évasion fiscale contient 80 milliards d’euros qui ne sont pas dans les caisses de l’État, mais dans les paradis fiscaux bien identifiés. Ce pillage des impôts directs bloque toutes possibilités de progrès social. Il y a aussi celle des 110 milliards d’euros de la multitude de niches fiscales et sociales qui ne servent à rien. Des défiscalisations certes légales, mais illégitimes qui n’atteignent pas leurs objectifs.

On le voit, la question des retraites, comme celle de la protection sociale en général est hautement politique. Ce sont ces oligarchies dominantes et leurs politiques néo-libérales qui construisent les déficits publics. Ils ont inauguré une sorte de cannibalisme à travers la transformation en nouveaux marchés financiers de tous les services publics, la santé et l’ensemble du secteur social. C’est un scandale à grande échelle. Nous méritons de vivre dignement jusqu’à la mort. Plus de justice fiscale, c’est évidemment plus de justice sociale.

Entretien réalisé par Michel Scheidt

Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon sont auteurs de nombreux ouvrages. Ils viennent de publier Les Prédateurs au pouvoir (éditions Textuel, 8 €), un petit manuel de résistance qui démonte le discours ambiant et montre comment la guerre des classes sans merci, avec l’argent en arme de destruction, menace notre socle républicain.

Nous publierons l'intégralité de l'entretien vidéo en septembre sur notre site

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