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Repères › Santé

Retraite et handicap, la double peine

À la retraite, la pension des travailleurs handicapés est réduite du fait de carrières incomplètes et la perte d’autonomie amplifiée n’est pas prise en compte. Des améliorations sont absolument nécessaires.

12 millions de français sont porteurs de handicap avec des situations administratives diverses.Le manque de solutions spécifiques pour l’accompagnement des anciens travailleurs handicapés et des personnes handicapées vieillissantes est particulièrement criant. Entretien avec Bernadette Caudron, 62 ans, retraitée, handicapée et militante CGT.

Pourquoi t’es-tu investie dans la défense des travailleurs handicapés ?

C’est le syndicat qui m’en a donné le goût. Aussi parce que je connais bien les problèmes que rencontrent les salariés handicapés au cours de leur carrière professionnelle et au moment de la retraite. Je suis moi-même handicapée. J’ai des séquelles de polio contractée à 3 ans et ½. Je suis appareillée, marche avec une canne et connais des limitations qui s’aggravent avec le temps.

Quelle est la part des travailleurs handicapés dans le monde du travail ?

Ils peuvent représenter jusqu’à 6 % des salariés, sans compter les travailleurs en situation d’invalidité ou d’incapacité de toute sorte du fait du travail (accidents et maladies professionnels) ou en lien avec lui (inaptitude, longue maladie…).

2,5 millions de travailleurs bénéficient d’une « reconnaissance de la qualité de travailleurs handicapés » (RQTH),mais tous n’exercent pas un emploi. Pour eux, le taux de chômage est de 21%, soit le double de celui de l’ensemble de la population active.

Quels sont les problèmes particuliers des travailleurs handicapés au regard de la retraite ?

Depuis le 1er janvier 2016, la seule RQTH ne suffit plus pour bénéficier d’un départ anticipé à taux plein. Il faut désormais justifier d’un taux d’invalidité d’au moins 50%, ce qui complexifie l’accès à la retraite.
Par ailleurs, le montant de la pension se trouve souvent réduit du fait des périodes de chômage, d’arrêt de travail, d’activité à temps partiel… auxquelles ils ont été contraints faute souvent des mesures compensatoires nécessaires, mais aussi à cause d’un vieillissement prématuré.

Arrivés à la retraite et pour continuer à être aidés, ils doivent choisir entre les droits à compensation de la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits, les aides au maintien à domicile des Carsat ou l’Aide personnalisée à l’autonomie (APA). En outre, leurs droits à compensation s’éteignent totalement à 75 ans, ce qui est aberrant et totalement injuste !

Tu es particulièrement attentive à la situation des travailleurs handicapés exerçant en « milieu protégé » dans les Esat (établissement et service d'aide par le travail). Pourquoi ?

Effectivement, leur situation est plus difficile encore. Bien que travailleurs, ils ne sont pas soumis au Code du travail. Ils relèvent d’un statut spécifique défini par le Code de l’action sociale et des familles.
Des dispositions leur permettent de partir en retraite à partir de 55 ans, mais leur état de santé les contraint souvent à quitter l’Esat bien avant cet âge.

Que deviennent ces travailleurs après 60 ans, à leur sortie de l’Esat ?

6 % des personnes ayant une déficience intellectuelle ou mentale vivent en institutions. À 60 ans, elles doivent les quitter et sont nombreuses à se retrouver dans des établissements d’hébergement pour personnes âgées (Ehpad) « ordinaires » avec des personnes dont la moyenne d’âge tourne autour de 85 ans.

40000 à 50000 d’entre-elles vivent avec leurs parents, généralement leur mère dont l’âge moyen est de 75 ans. Ces « enfants cohabitant » ont, eux, une moyenne d’âge de 48 ans et 86 % présentent au moins une déficience intellectuelle ou mentale.

On ne prend pas suffisamment en compte les conditions de vie de ces aidant-e-s qui, à l’âge où un répit serait le bienvenu, doivent continuer à s’occuper de leurs enfants adultes handicapés.

Comment améliorer la situation des personnes handicapées ?

Beaucoup reste à faire. Déjà, comme le revendique la Cgt,il faudrait, durant l’activité professionnelle,renforcer l’obligation d’égalité de traitement entre travailleurs, supprimer les dérogations et accentuer les sanctions à l’égard des employeurs qui ne respectent pas leurs obligations.
À la retraite, les droits liés au handicap et ceux en lien avec le vieillissement doivent pouvoir être cumulés pour répondre à des besoins qui, eux, se cumulent. C’est également une demande des associations de personnes handicapées.
De plus, avec l’avancée en âge, ces personnes ont une plus forte perte d’autonomie à laquelle il faut répondre spécifiquement.

Il est, par ailleurs,indispensable de développerd’une façon permanente des solidarités avec ces populations dont les conditions d’existence sont particulièrement difficiles et souvent méconnues.
N’y a-t-il pas, là, matière pour la Cgt et son UCR à enrichir leurs revendications pour un véritable droit à l’autonomie ?

Propos recueillis par Hélène Salaün


Bernadette Caudron, 62 ans, retraitée, handicapée et militante CGT a été assistance sociale dans différentes institutions : CAF, centre pour enfants handicapés moteur, service de protection judiciaire de l’enfance puis à l’EDF. Elle a été déléguée du personnel et au CHSCT.
Elle est investie dans le collectif national de la FNME handicap (Fédération nationale mines et énergie), à la commission « santé et solidarité » de la CMCAS (Caisse des activités sociales de la Loire-Atlantique-Vendée) et administratrice de l’association GLIP qui a pour objectif d’informer et sensibiliser sur les séquelles tardives de la polio, www.polio-france.org.

 

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