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Bernard Chambaz, passeur de témoin

Ce romancier, historien et poète est aussi professeur d’histoire et cycliste assidu. La parution de 17, recueil d’histoires de 17 personnages dont la vie s’articule autour de l’année 1917, nous donne l’occasion d’une nouvelle rencontre…

Notre dernière rencontre date d’il y a un peu plus de 10 ans. Vous aviez apporté votre concours à l’initiative de LSR sur le rapport des retraités à la culture… Quel souvenir en gardez-vous ?

Bernard Chambaz : Un très bon souvenir que cette journée. Il n’y a pas de culture du 3ème âge. Tout simplement parce que la culture est par définition indivisible… Autre chose est qu’elle reste à partager !
En tant qu’écrivain je m’y efforce. C’est même l’objectif fondamental de ce que je fais. Mon humanisme, c’est un peu le noyau de tout cela. L’élargissement du champ culturel doit rendre les individus plus riches. Notre cerveau, nos émotions sont faits de ces nappes de temps qui nous constituent. Les générations actuelles de retraités sont imprégnées d’évènements précis, le Front populaire, la guerre… Notre génération, c’est 1968… les années 70, la crise industrielle… Lorsque j’écris, comme lorsque j’enseignais, j’essaye de rendre perceptible ce bien vécu en commun par des générations et les traces qu’il laisse. Il y a urgence de plus en plus grande, compte tenu que les morts des générations précédentes nous font nous trouver « en première ligne ».

Une des bases de la littérature est, pour moi, cette conversation entre les vivants et les morts. C’est un impératif pour moi, pour nous. Étant maintenant vieux moi-même, je suis, de ce point de vue, content que des jeunes me lisent.

Dans cette fonction de « passage de témoin », le livre et son auteur changent-ils ?

Bernard Chambaz : Dans le domaine du livre, il y a la logique de la marchandisation qui veut que de plus en plus d’ouvrages soient publiés. Est-ce pour autant un bien ? Il y a une confusion croissante entre « livre » et « littérature ». Cette année, la littérature est quelque peu écrasée par les livres d’hommes et de femmes en campagne électorale [notre rencontre a eu lieu au printemps 2017, Ndlr] et de commentateurs, qui ne sont pas pour autant des écrivains

Vous venez de publier un nouvel ouvrage, « 17 » (1) composé de 17 portraits d’hommes et de femmes qui ont participé à notre histoire contemporaine. Vous êtes donc toujours dans ce « passage » entre les vivants et les morts ?

Bernard Chambaz : C’est d’abord l’histoire de 9 femmes et 8 hommes. Ce n’était pas prévu mais ça s’est imposé comme ça ! C’est aussi la révolution russe par laquelle je commence. J’ai préféré évoquer Kerenski et Pasternak plutôt que Lénine et Maïakovski, a priori plus attendus.
Je fais également le portrait d’un Francisco de la Hollanda, peintre portugais du 16ème siècle ! Et je termine par celui de Suzy Delair que j’ai choisie pour ses origines modestes : père bourrelier, mère couturière. Née au mois de décembre, elle doit donc attendre la fin de l’année pour fêter son centenaire !

À tombeau ouvert, un autre de vos livres, se lit en un tour de piste, à toute allure (2). Dans cette ode au grand coureur automobile qu’il fut et qui vous fascine, est-ce que l’humanité court aussi vite et dangereusement vers l’abîme qu’Ayrton Senna ?

Bernard Chambaz : J’écris des livres dont le sujet s’impose à moi. La mort d’Ayrton Senna a été un évènement qui a eu une répercussion considérable. L’accident comme ses funérailles ont été vus par 2 milliards de personnes ! Le côté obscène de la télévision a renforcé ce phénomène et la téléréalité aggrave aujourd’hui cette tendance. Elle racornit et dessèche l’évènement. Je n’aime pas le mot « communication ». Je lui préfère celui de « propagande » par sa référence au politique, au meilleur sens du terme. Je n’ai pas la culture de la mécanique et je connaissais peu le monde de la course automobile. Il n’en reste pas moins qu’en me mettant à l’écriture de ce livre, j’étais soumis à cette puissance de l’évènement et des images qui le relataient. Pourquoi Ayrton Senna a-t-il laissé une telle trace ? Pourquoi est-il plus aimé que Pelé ?! N’y a-t-il pas une relation à ce monde du Brésil, sa géographie, son histoire sociale et politique ? Cette ferveur pour Ayrton Senna, c’était autre chose que les jeux du cirque. C’était - c’est - la fierté d’un peuple !

Va-t-on dans le mur comme Ayrton Senna ?

Bernard Chambaz : La parabole est possible et justifiée. Mais comme historien, je reste attaché au caractère imprévisible de tout évènement ou processus historique. On peut, en effet, aller dans le mur comme Ayrton Senna… Mais - je suis d’un naturel optimiste - on peut aussi éviter le mur… et même repartir !

Propos recueillis par Pierre Corneloup

(1) 17, Bernard Chambaz, 2017, éditions du seuil, 15€.
(2) À tombeau ouvert, Bernard Chambaz, 2016, éditions Stock, 18€ (Voir Vie nouvelle n°197, À vos marque-pages).

 

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