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Louis Viannet. Une ambition pour la Cgt

Louis Viannet nous a quittés. La Cgt est traversée d’une onde de choc. À 84 ans et 18 ans après avoir pris une retraite bien méritée en Ardèche, « Loulou », comme l’appelaient les militants, restait un repère fort, autant par les combats menés que par les idées qu’il a fait mûrir.

« Compte tenu de l’état de la Cgt d’alors, je n’avais guère le choix du refus », dira-t-il plus tard pour expliciter son état d’esprit au moment d’accepter la responsabilité de secrétaire général, qu’il occupera de 1992 à 1999. Sans enthousiasme donc, mais avec la claire conscience de la nécessité d’y investir le meilleur de lui-même. C’est ce qu’il fit, avec une énergie et une pugnacité sans faille, capitalisant tout ce que le militantisme syndical de terrain lui avait appris depuis son entrée aux PTT et sa première grande grève (celle de la Fonction publique d’août 1953), avant plusieurs autres, notamment celles de 1968 et la longue grève des PTT de 1974.

Novembre 1974, lors des grèves des PTT

Les différentes responsabilités exercées au sein de la Fédération CGT des PTT, d’abord, dont il deviendra secrétaire général en 1979, de la confédération ensuite, dont il intègrera le bureau en 1982, lui ont donné une grande connaissance de la Cgt. Directeur de La Vie Ouvrière puis responsable à la politique revendicative confédérale, il a succédé à Henri Krasucki, dans une période de grands bouleversements qui le convaincront de la nécessité absolue d’engager la Cgt sur la voie d’un « renouveau » afin de la hisser à la hauteur des défis posés à tout le syndicalisme et à elle-même.

Une Cgt unie et ouverte

Il avait une vision stratégique, une ambition forte pour la Cgt et une incroyable capacité à se saisir de chaque opportunité pour avancer. Unir la Cgt, à un moment où elle était particulièrement divisée et l'ouvrir sur l’extérieur, sur un monde salarial et une société en pleine mutation auront été ses deux objectifs majeurs.

Il a tout fait pour sortir la Cgt d’un isolement dangereux, pour définir des revendications et propositions appuyées sur les besoins des salariés en les consultants, et jouer un rôle offensif dans les négociations, afin de ne jamais se laisser mettre hors-jeu. La bataille des 35h, dès 1997, en a constitué un exercice pratique, avec une attitude CGT à la fois offensive, constructive et toujours proche des réalités de terrain, ce qui lui a valu des milliers d’adhésions nouvelles.

1992, le 44ème Congrès élit Louis Viannet secrétaire général de la CGT

Des luttes unitaires

« J’ai lancé l’idée de réfléchir et de travailler à un "syndicalisme rassemblé", c’est-à-dire à une forme de construction d’une action syndicale impliquant ou favorisant le rassemblement des organisations et des salariés qui se fasse sur la base du débat démocratique, sans vouloir chercher à couler ces sensibilités et les identités qui se sont structurées au fil des années dans un moule unique », écrivait-il en 1995, dans son livre, Syndicalisme les nouveaux défis, juste avant le grand mouvement de la fin de l’année.

La Cgt a alors renoué des contacts avec tous les autres syndicats, cherché des actions communes tantôt avec les uns, tantôt avec les autres, quelquefois avec tous, sans jamais se laisser enfermer la Cgt dans un « pôle contestataire » faisant face à un « pôle réformiste » que la CFDT, notamment, tentait de structurer. Elle a permis aussi de créer les conditions de l’adhésion de la Cgt à la CES et la construction de nouvelles relations intersyndicales au plan international.

Une Cgt porteuse d’espoirs pour tous

Il était obsédé par l’impuissance du syndicalisme et de la Cgt elle-même face à la montée du chômage et de la précarité et voulait que la Cgt réponde mieux à ces réalités. Les liens nouveaux qu’il a contribué à tisser avec les associations de lutte contre le chômage et l’exclusion, ont contribué, entre autres, au grand mouvement des chômeurs de l’hiver 97.

Il ambitionnait une Cgt porteuse d’espoirs pour tous. En 1996, sa visite aux sans-papiers qui occupaient l’église Saint-Bernard a provoqué des mobilisations importantes sur une longue période dans lesquelles la Cgt a pris toute sa place.
Pendant son deuxième mandat, la Cgt a commencé à participer aux Gay-Pride et constitué son propre collectif contre l’homophobie.
Lucide, il affirmait que la Cgt « pouvait se revendiquer féministe mais qu’elle avait encore beaucoup à faire pour que ses pratiques quotidiennes soient à la hauteur ».

Démocratie et indépendance

Il considérait que la Cgt avait deux atouts : la démocratie et l’indépendance. Devenu secrétaire général, il a décidé de ne pas renouveler sa présence au bureau politique du PCF. En 1995, il a refusé la Légion d’Honneur proposée par F. Miterrand afin de ne pas risquer une quelconque instrumentalisation.
Louis Viannet mettait ses actes en conformité avec les idées et les valeurs qu’il défendait. Homme de conviction, il savait aussi se remettre en cause. Il était chaleureux et fraternel. Militantes et militants trouvaient auprès de lui compréhension et aide concrète. La Cgt n’a pas fini de lui rendre hommage en poursuivant ses combats.


Maryse Dumas
Secrétaire confédérale de 1995 à 2009

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