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Visite. Du violoncelle au marbre rose

L’abbaye de Cuxa, au pied du Mont Canigou, fut restaurée grâce à la complicité de Louis Noguères, président du Conseil général des Pyrénées-Orientales dans les années 1950 et Pablo Cazals, son grand ami violoniste de renommée internationale, réfugié espagnol, qui organisa un concert à ciel ouvert,pour fêter le nouveau départ de ce lieu merveilleux.

On a l’habitude d’admirer partout, notamment dans les Pyrénées françaises ou espagnoles, les innombrables lieux de culte construits pendant l’époque romane. Ici, surprise, c’est le style pré-roman qui domine, caractérisé par des voûtes en forme de fer à cheval, témoignage de l’art mozarabe d'Espagne. L’abbaye bénédictine vit de nombreuses transformations entre 874, période des premières pierres posées et 1659 où elle deviendra définitivement française. Ensuite, comme bien d’autres réalisations monastiques, elle sera en partie détruite et laissée à l’abandon. L’abbaye sera vendue comme bien national en 1791 à un négociant de Prades. Elle sera ensuite pillée.

Voyage transatlantique

Cet abandon aura excité la convoitise d’un sculpteur américain qui reconstituera le cloître au Cloisters Museum de New-York en 1913. Heureusement, il n’aura pas pu tout emporter. Il fera même don des chapiteaux qu’il avait acquis à la ville de Prades. Par la suite, les Monuments historiques feront quelques travaux, mais c’est en 1950 que le bâtiment sera mis en chantier pour une restauration importante dont nous avons le résultat, pour le moins réussi, aujourd’hui. Des deux tours originales, il n’en reste qu’une et le toit de l’édifice, effondré en 1835,aura été reconstruit sous la houlette de l’architecte Sylvain Stym-Poper, en 1953.

Marbre rose animalier

Autre surprise, l’utilisation du marbre rose extrait des carrières avoisinantes pour l’élévation des colonnes du cloître avec des chapiteaux dont les thèmes n’ont rien de chrétien. Le registre animalier est issu des ouvrages orientaux de l’ancienne bibliothèque de l’abbaye (feuillage, animaux et scènes composées avec des héros et des animaux). La crypte vaut aussi la visite avec ses voûtes et ses piliers imposants qui s’élèvent en s’évasant versle plafond. On s’en échappe en découvrant l’immense espace de prière pour les chrétiens, de simple méditation pour les autres. Les moines bénédictins d’aujourd’hui vivent dans un bâtiment annexe qui jouxte l’abbaye historique.

Patrimoine et mémoire

Le résultat heureux de ces travaux pose la question du rôle de l’État, des collectivités territoriales dans la maintenance et la rénovation du patrimoine. Il n’y a pas de priorité mais juste un état d’esprit. En 1950, la France sortait de la guerre, exsangue et sans le sou, les urgences de logement obligeaient à construire au plus vite dans les quartiers bombardés.Pourtant, elle trouvait aussi le moyen de rénover les joyaux de son histoire, de développer une politique culturelle hardie dont nous bénéficions aujourd’hui.

Ce fut le cas dans les Pyrénées-Orientales comme le confirme Jean Sagnes, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université de Perpignan, dans un entretien au journal l’Express. À la question, « Les mentalités changent-elles, au cours de ces années d'après-guerre? », il répond :« Considérablement. La vie culturelle connaît un dynamisme qu'il faut souligner. Les gens sortent beaucoup, à une époque où la télévision ne s'est pas encore imposée… En 1965 sera créé le festival de cinéma Confrontation qui existe toujours. Entre 1940 et 1950, le peintre Raoul Dufy réside à Perpignan, rue de la Poste puis place Arago. En outre, des mécènes attirent les plus grands artistes à Perpignan. Le célèbre cartonnier de tapisserie Jean Lurçat vient travailler, à la demande de Firmin Bauby, aux ateliers d'art de Sant-Vicens... »


Cette émulation libératoire était la condition d’un développement heureux des activités industrielles, de savoir-faire artisanal et bien sûr du tourisme. De nos jours, tout cela est sérieusement compromis à tous les niveaux. Ce n’est pas un hasard si dans les commentaires du lieu n’est retenu que le nom de Pablo Cazals. Tous les autres, les chevilles ouvrières, les décideurs, ont disparu et il faut retourner les archives pour les retrouver. Ce n’est pas fortuit.

Pour le patrimoine comme pour d’autres disciplines de l’histoire humaine, il est bon parfois de rappeler l’importance de la mémoire, toute la mémoire, pour que les belles expériences d’hier donnent de bonnes idéesaujourd’hui et demain.

Yvon Huet

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