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e.commerce. Ce qui se cache derrière votre clic

En un clic, vous commandez le dernier best-seller ou une console pour l’un de vos petits-enfants… Et voilà que vous guettez déjà le livreur. Ainsi peut aller notre vie aujourd’hui. Très vite ! Mais à quel prix pour les salariés de ces géants de l’E-commerce ?

Khaled Boucharjra travaille depuis 2011 sur le 1er site Amazon ouvert en France, à Saran (45). Il en est le secrétaire du syndicat CGT. Il réceptionne les marchandises qui seront ensuite dispatchées dans les immenses rayonnages de l’entrepôt. Il nous fait le récit d’un quotidien plutôt rude.

Merci patron ! Merci Macron !

« Chez Amazon, on n’est pas un salarié exerçant un métier, mais un agent d’exploitation exerçant une activité. » Derrière ces mots - dont les ordonnances Macron menacent de faire la norme pour tous les salariés - cette façon de faire permet à Amazon d’échapper au respect d’une convention collective, des classifications et salaires qui vont avec. « Le site de Saran, c’est aussi un turn-over permanent et organisé : 1 300 embauchés permanents auxquels s’ajoutent les 2 800 intérimaires recrutés pour la période octobre-décembre. L’employeur propose à intervalle régulier des primes de départ au bout d’un an d’ancienneté. Il s’apprête à passer de telles propositions individuelles à des ruptures conventionnelles collectives. » Une fournée partie, une autre arrive, moins aguerrie pour défendre son sort… et ainsi de suite.

Chapeau au syndicat CGT d’Amazon Saran, qui dans un tel contexte, en 10 ans d’existence, a su multiplier par six le nombre de ses adhérents !

Une précarité planifiée

« Ce turn-over permanent est, en effet, tacitement organisé par l’entreprise en lien avec les services préfectoraux et municipaux des régions d’implantation des sites Amazon, correspondant souvent à des zones frappées par un chômage massif… » Est-il vrai qu’Amazon perçoive une subvention publique de 15 000€ par embauche, la première année ? Si tel est le cas, on comprend mieux alors, ce juteux turn-over organisé. « Tant qu’ils sont intérimaires, les 2 800 saisonniers - qui travailleront 12 h par jour les samedis, dimanches et fêtes - sont transportés. Bien. Qui paye les bus : les boîtes d’intérim ? Pôle emploi ? Les collectivités locales ? Mais attention, s’ils désirent devenir permanents, ces salariés ne devront compter que sur leurs propres moyens pour venir au travail ! »

Lieu de travail ou prison ?

« Lorsque l’on prend son travail chez Amazon, c’est comme lors d’une incarcération : on dépose à l’entrée son portable, sa montre, ses bijoux. Et lorsque l’on sort, on passe sous un portique de détection. Même traitement pour la pause (une demi-heure à prendre en une seule fois). Sauf que le temps d’attente au portique n’est pas neutralisé, ni celui du parcours pour rejoindre les aires de repos dans un domaine grand comme 14 terrains de foot. Tout cela rogne bien la moitié du temps de pause accordé. »

Mais revenons à votre commande. Votre clic de validation apparaît immédiatement ainsi qu’un sablier sur le « scan » du « pickeur » qui va aller chercher votre commande dans les kilomètres de rayons. Est chronométré le temps qu’il met pour la trouver, la placer dans le chariot et l’acheminer vers l’expédition. « Un pickeur peut ainsi parcourir près de 16 km par jour. Ce temps enregistré sur son scan servira à la direction pour apprécier la qualité de son travail, louer ses performances exceptionnelles que l’on érigera éventuellement en nouvelles normes exigées pour tous. »

Comment s’étonner qu’en 3 ans les accidents de travail aient été multipliés par 3 (chiffres de la direction) ! « Pour donner le change, des urnes transparentes sont disposées dans les salles de pause incitant les salariés à « dénoncer » le non-respect des consignes de sécurité… Mais le CHSCT (que l’application des lois Macron supprimerait ni plus ni moins) n’a pas - malgré ses demandes - accès à ces informations ! »

Diviser pour régner

La tendance, chez Amazon, est de dissocier la logistique de préparation des commandes de celle des expéditions, avec l’application de conventions collectives différentes. « Tout cela pour des salaires basés aujourd’hui sur la Convention collective Commerce détail non alimentaire moins favorable que celle de la Vente à distance correspondant vraiment à la nature de l’activité économique. » Tout ce micmac aboutit à 1 600 € brut mensuel… « Mais les nouvelles embauches ne bénéficieront pas de l’augmentation de 1,9% qui vient d’intervenir. »

C’est donc cela, et pas seulement, qui se cache derrière votre clic. Amazon, qui a déjà mis à mal la librairie de conseil et de proximité, vise aujourd’hui le commerce alimentaire. Bonjour la désertification des centres villes ! Le groupe l’affirme, il est prêt à travailler le temps qu’il faudra à perte pour tuer le commerce de proximité.

Il faut le savoir, non pas pour culpabiliser (les temps et modes de vie ont changé) mais pour tisser - y compris comme client - toutes les solidarités possibles avec les salariés concernés qui luttent pour d’autres droits et conditions de travail… Donc contre ces lois Macron qui feraient des méthodes Amazon, non plus l’exception condamnable, mais la norme à étendre désormais partout… et sous laquelle risquerait de travailler demain le petit-fils devenu grand, à qui vous venez de commander d’un clic la dernière console.

Pierre Corneloup


Le saviez-vous ?

En Europe, tous les clients qui achètent sur le site d’Amazon sont prélevés au Luxembourg. Vous avez dit paradis fiscal !? Mais lorsque les salariés revendent les quelques actions gratuites qui leur ont été distribuées pour leur faire croire qu’ils seraient dans le même bateau, le produit de cette vente est, pour eux, imposé aux taux en vigueur dans chacun de leur pays. Soit 47% en France !


 

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