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Loisirs › Témoins

Michel Castel

"Je revenais de 16 mois de mon service militaire, j'ai repris le travail le 1er mars 1968 et je me suis syndiqué le 1er avril 68. Pour comprendre ce qui s'est passé dans cet établissement hospitalier au cœur de Paris, il faut connaître le rapport de force, 500 syndiquées CGT pour 1100 agents hospitaliers et son organisation : 1 collecteur qui encaissait les cotisations mensuelles et recueillait les revendications locales ou générales ou 1 vendeur de la Vie ouvrière dans tous les services. C'était une organisation en toile d'araignée.

En moins d'une heure (le portable n'existait pas, le syndicat pouvait rassembler 200 à 300 personnels devant la direction. Chaque membre de la CE du syndicat étaient en contact régulier avec 4 ou 5 collecteurs qui faisait le lien avec les personnels de son service (cahier revendicatif de services).
Le personnel de Saint Anne participa massivement à la grande grève 24 h le 13 mai, mais de nombreuses journées de grève avaient eu lieu en 1967 et en février 68. Le 14 mai , au matin réunion des militants CGT pour faire un point sur la situation , quelques entreprises du privé, s'étaient mis en grève. Le syndicat propose une consultation des personnels dans l'unité CGT / CFDT vers 10 h.

A l'unanimité les personnels votent une grève reconductible et la mise en place d'un comité de grève où la CGT avait une part prépondérante. Des responsables sont désignés dans tous les services généraux, pharmacie, services de soins, services techniques et généraux.

Dans un centre hospitalier psychiatrique en grève, il faut assurer la continuité des soins, mais aussi les repas des patients et du personnels, la blanchisserie, alimenter les chaudières hautes et basses pressions, assurer la maintenance des services, faire sortir les ambulances notamment le soir dans le quartier latin ou les étudiants manifestaient (pour les premiers soins ).

Tous les matins l'ensemble des services informaient le comité de grève des difficultés qu'ils rencontraient dans leurs services ; personnels absents, besoin de renfort à la blanchisserie. Tous les matins lors de l'assemblée : consultation des personnels, reconduction de la grève et des grévistes allaient renforcer certains services soins mais aussi les services techniques.

C 'est comme cela que, jeune infirmier, j'ai découvert les différents services et les différents métiers qui s'exercent dans un hôpital blanchisserie, cuisine , responsable sortie des ambulances un soir au quartier latin etc…
L hôpital avait un garage et une station essence, les transports en commun s'étaient mis en grève, impossible pour la majorité des personnels de se déplacer ; obligés de prendre sa voiture , car la plupart habitaient en banlieue, très rapidement le syndicat a mis en place des bons d'essence et pour tous ceux qui restaient sur place et réquisitionnait un service qui était en rénovation pour mettre en place un dortoir mixte.

Nous étions une bonne dizaine de jeunes hommes et femmes, pour nous, certes c'était la lutte mais aussi la fête, la fraternité, la convivialité nous n'avions pas le souci et la responsabilité de faire fonctionner l'hôpital, nous participions tous les jours à des tâches différentes dans la bonne humeur, la camaraderie. Plus tard j'ai mesuré la capacité de la classe ouvrière, tous corps de métier confondus, de s'investir , de gérer un établissement hospitalier. Rien ne pouvait sortir d'un service sans un bon de sortie signé par le collectif de grève Pendant cette période tous les responsables de services étaient fiers de leur travail.

Les retombées de 68 : mise en place d'un collectif jeunes syndiqués, rattachés au Collectif Départemental de la jeunesse de l’UD de Paris. La plupart des jeunes grévistes ont adhéré à la CGT. Ils participèrent en octobre au congrès du syndicat, la plupart furent élus à la CE du syndicat où j'ai été élu au bureau. 5 mois plus tard, la confédération CGT avait souhaité récupéré Marcel Atlan (SG) pour le secteur confédéral de la protection sociale. La CE du syndicat devait délibérer sur son départ et désigner un nouveau secrétaire général. A ma grande surprise, je fus pressenti et j'acceptai cette lourde responsabilité 10 mois après mon adhésion à la CGT. J'ai été aidé par tous les anciens, Jeanine, Annick, Patrick Rémy et tous les autres militants du syndicat, mais aussi par une génération de jeunes militants(es). Les anciens nous ont formés, conseillés, engueulés mais toujours soutenus, aidés.

50 ans plus tard, en écrivant ce témoignage, je pense avec émotion à tous ceux qui m'ont fait confiance, m'ont donné les rudiments de la lutte syndicale, m'ont transmis leur expérience de lutte, la démocratie syndicale "écouter les syndiqué-e-s " , réfléchir et avancer ensemble. Par la suite j'ai travaillé dans la Drome ou très rapidement j'ai eu des responsabilités dans l’UD CGT en devenant trésorier (politique financière ) puis plus tard comme permanent à la fédération de la santé et action sociale."


Michel Castel
Membre du bureau USR CGT

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