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Urgences climatiques, activer les solutions

Lorsque Haroun Tazieff alerta le monde en 1979 quant au danger du réchauffement climatique, beaucoup se sont moqués de lui. Il aura fallu plus de vingt ans pour que la prise de conscience se fasse. Le point sur un sujet brûlant et l'analyse de Jean Jouzel.

Les humains ont toujours cherché un cadre de vie qui leur soit le plus favorable pos-sible. Ils y sont arrivés dans un contexte terriblement inégalitaire qui a créé, chez les uns, la pénurie endémique et, chez les autres, l’overdose de consommation liée à une logique de marché boostée par plusieurs révolutions technologiques.

Depuis le grand boom de la Chine et de l’Inde, en comptant aussi l’alignement de l’ancienne URSS et des pays de l’Est sur le marché consumériste, on est passé du principe de l’excitation du climat à celui du harcèlement global. Par ricochet, l’Afrique paie cash avec la désertification et l’Asie avec la montée des eaux. Pour encadrer le tableau, la déforestation de l’Amazonie prépare le scénario catastrophe.

L’effet de serre, provoqué par une exploitation intensive des richesses du sol, leur transformation et leurs utilisations de masse, a accéléré la possibilité pour l’humanité de se retrouver devant un changement climatique brutal d’ici la fin du siècle.

Rendre l’alternative incontournable

Il est encore possible de sortir d’une logique mortifère. Pour cela, il faut s’attaquer à la dictature des puissances financières et accélérer la modification des comportements citoyens pour une nouvelle forme de croissance, appuyée par des services publics dignes de ce nom.

On n’est qu’au début d’un immense bras de fer qui nécessite la pression convergente de tous les peuples. Dans ce contexte, l’engagement des scientifiques est déterminant.

Dossier Vie nouvelle


 

Le point de vue… de Jean Jouzel

Climatologue, médaille d’or du CNRS, élu aux Académies des Sciences française, eu-ropéenne et américaine, membre du Conseil économique, social et environnemental et du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), Jean Jouzel nous présente les mesures d’urgence à mettre en place.

« Ce n’est pas un scoop que d’annoncer une période bien difficile pour l’environnement humain avec la perspective d’un réchauffement climatique d’environ 4°C degrés d’ici la fin du siècle, si nous ne faisions rien. Les effets seront avant tout sociaux, créant des inégalités de traitement bien plus lourdes encore que celles que nous connaissons aujourd’hui, avec la perspective de conflits armés démultipliés. Voulons-nous donc empêcher nos enfants et petits-enfants de vivre dans un monde irrespirable et violent alors que nous avons encore les moyens, à défaut de tout empêcher, de freiner de moitié la perspective de réchauffement, par des mesures concrètes à mettre en application dès maintenant ?

« Le rapport du Sénat sur le réchauffement climatique le confirme. Nous sommes en retard sur les prévisions d’action qui sont minimales quand on considère qu’il faudrait mobiliser 1 000 milliards d’euros pour faire bouger les lignes. Ce serait possible en ponctionnant à la source les bénéfices colossaux des entreprises, comme le propose le Pacte Finance-Climat que je défends. C’est la moitié des milliards d’euros qui ont été mobilisés pour sauver les banques pendant la crise financière.

« L’objectif de 1,5°C est une nécessité pour éviter la casse. L’Europe doit montrer l’exemple en fixant le seuil d’augmentation de la température terrestre à 1,5°C, au lieu des 2°C prévus par l’accord de Paris. En effet, les extrêmes climatiques, consé-quences les plus visibles du changement, se multiplient. Les records de températures diurnes et nocturnes évoluent respectivement deux fois et trois fois plus vite que les températures moyennes. Entre 1,5°C et 2°C se trouvent des seuils de risque pour la biodiversité et la hausse du niveau des océans (+ 7 mètres à long terme, si on ne fait rien, avec la fonte totale des glaces du Groenland).

« Dans le même temps, l’efficacité énergétique reste le premier levier pour réduire l’empreinte carbone. Il faut aussi rester attentif aux autres gaz à effet de serre, dont le méthane, qui proviennent de l’agriculture et de notre alimentation. La mobilité liée aux trajets pour se rendre au travail, dans les pays comme la France, constitue un point noir auquel il faut aussi s’attaquer. Au niveau mondial, l’habitation et la construction doivent répondre aux enjeux du climat. Les villes compteront 3 milliards d’habitants en plus d’ici 2050. Il faudra bâtir des métropoles moins émettrices et plus adaptées à leur environnement local pour éviter les îlots urbains de chaleur.

« Dans le même temps, il faut relancer une politique d’aménagement et de produc-tion autonome qui privilégie la proximité. Si la situation existante permet une renta-bilité importante à court terme, cela se paiera bien plus cher après. Dans un proche avenir, il convient d’encourager financièrement les relocalisations d’emplois sur la base d’une croissance verte maîtrisée et en valoriser les énergies renouvelables à bon escient. Il faut aussi concevoir une politique de coopération et d’aide avec les pays qui sont déjà fortement touchés par les effets du réchauffement climatique.

« Il est grand temps que les politiques, les syndicats et associations se mobilisent sur un sujet qui ne souffre aucune excuse d’immobilisme ou de contournement. »


 

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