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Crise sanitaire. Les soignants un an après

Dans son énième discours auto-satisfait sur la crise sanitaire, Emmanuel Macron a de nouveau appelé les soignants à faire un effort, comme s’il n’en faisait pas depuis des années jusqu’à l’épuisement. Christophe Prudhomme, médecin urgentiste rappelle leurs combats et leur situation aujourd’hui.

L’épidémie liée au coronavirus a submergé, au printemps 2020, un hôpital déjà très mal en point. Cela fait, alors, 2 ans que le mouvement, parti des Ehpad, s’enracine dans l’hôpital, d’abord dans les services d’urgences pour rapidement se généraliser. La première revendication, avant celle des salaires, concerne les effectifs et les lits. Les besoins pour les services d’urgences sont chiffrés, pour l’ensemble des établissements, à 10 000 emplois supplémentaires. Pour ce qui est des lits, la revendication est celle d’un moratoire à toute fermeture après la saignée subie en 25 ans avec la disparition de 100 000 lits.

Espoirs…

Après la mobilisation massive de l’ensemble des soignants, dès mars dernier, pour gérer avec des bouts de ficelle un afflux de malades graves dans des services de réanimation manquant de tout, un espoir était né. En effet, la capacité d’organisation, l’inventivité des personnels de terrain avec une administration revenue à sa fonction première, c’est-à-dire fournir les moyens pour assurer et répondre aux besoins, avait montré que ce mode de fonctionnement était le bon et devait être privilégié dans ce que certains appelaient alors « le monde d’après ».

…déçus

Mais le retour à la dure réalité, dès le mois de mai, a douché les espoirs de beaucoup. Le retour au « monde d’avant » a été brutal, avec la fermeture des lits de réanimation ouverts en catastrophe et le renvoi des personnels qui s’étaient formés pour apporter des renforts dans ces services. Ceci, alors que nous réclamions l’ouverture pérenne d’au moins 50% de lits de réanimation en plus, en maintenant en poste tous les agents venus en renfort, en profitant de l’accalmie pour compléter leur formation et être disponibles pour l’hiver à venir. Car, au-delà du débat sur la deuxième vague, nous savions que, comme chaque année, nous manquerions de lits en hiver et que nous en manquerions encore plus avec le coronavirus pourvoyeur d’un grand nombre de malades nécessitant des lits de réanimation.

Or, aujourd’hui, nous ne sommes pas plus nombreux à l’hôpital qu’en janvier 2020 et nous de disposons d’aucun lit supplémentaire. Dans certains établissements, il y a même moins de personnel car certains ont démissionné, déçus par le retour au fonctionnement antérieur, sans autre amélioration que les maigres augmentations de salaire octroyées par le fameux Ségur de la santé. Si toute augmentation est bonne à prendre, il faut savoir que ce qui a été donné par le Gouvernement compense à peine le blocage des salaires subi depuis 2010, qui fait que les infirmières françaises restent parmi les moins bien rémunérées au sein des pays de l’OCDE.

Épuisement et colère

Le personnel est donc épuisé et en colère. Aujourd’hui, alors que le virus circule activement - ce qui n’est pas étonnant en plein hiver - l’hôpital est sous-tension, alors que le nombre de malades atteints de la Covid-19 n’a rien d’extraordinaire avec, début mars 2021, deux fois moins de malades en réanimation qu’en avril 2020. Si le système tient, c’est encore avec des pis-aller comme la réquisition des étudiants paramédicaux et médicaux à qui il a été demandé d’arrêter leurs études pour venir servir de main-d’œuvre à bon marché sur le terrain.

Et même si certains démissionnent et quittent le navire, les luttes se sont multipliées ces derniers mois, malgré le contexte pas toujours favorable à la mobilisation. L’autre élément marquant est que ces actions sont initiées par un groupe d’organisations rassemblant des syndicats de personnels et de médecins, des collectifs de soignants qui se sont créés lors du mouvement de 2019 et des associations citoyennes, comme la Coordination des comités de défense des hôpitaux et des maternités de proximité ou encore le Printemps de la psychiatrie.

Cette unité dans la diversité est une force qui redonne de l’espoir aux personnels, car les initiatives et les mobilisations se succèdent à un rythme soutenu avec un contenu revendicatif de haut niveau.

La mobilisation remotive

La question des salaires n’est pas réglée et la revendication des 300 euros par mois pour tous est le slogan qui permet de poser le problème de la refonte de l’ensemble des grilles de rémunération. En ce qui concerne les lits, l’arrêt de toutes les restructurations impliquant des fermetures est une exigence forte qui commence à peser sur le Gouvernement qui, sans remettre en cause fondamentalement ses projets, commence à reculer, comme à Nancy et sur l’hôpital Nord à Paris.
Mais la question fondamentale reste celle de l’emploi. Le Gouvernement continue à avancer cet argument pour justifier la soi-disant impossibilité d’ouverture de lits supplémentaires. Nous avons chiffré les besoins à 400 000 emplois : 100 000 à l’hôpital, 200 000 dans les Ehpad et 100 000 pour l’aide à domicile. Dans un premier temps, il s’agit de tarir la fuite des personnels : environ 150 000 infirmières diplômées n’exercent plus leur métier, de très nombreuses aides-soignantes abandonnent leur activité au bout de quelques années du fait de la difficulté du travail et de la faiblesse des rémunérations.

Les solutions existent

Mais la solution que nous mettons en avant est simple. Il s’agit de rétablir ce qui existait jusqu’au début des années 1980, quand il était difficile de recruter dans ces métiers, à savoir la politique des contrats pour les étudiants dès leur entrée en formation. Cela signifie de rémunérer les étudiants pendant leurs études contre une obligation de servir pendant un nombre d’années proportionnel à la durée de leur formation. Dans la période actuelle, ce type d’engagement peut être particulièrement motivant, d’autant que cela signifie aussi de cotiser dès le début de ses études pour sa retraite.
Comme vous pouvez le constater l’avenir des personnels hospitaliers peut s’écrire en termes de progrès si nous nous en donnons les moyens.

Dr Christophe Prudhomme

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