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Relance : 100 milliards d’euros offerts sans garantie

Accordés sans contrôle aux firmes multinationales, les prêts garantis par l’État pourraient se traduire par plus de suppressions d’emplois chez les sous-traitants que n’en préserveront les grandes firmes, principales bénéficiaires de ces prêts.

Après avoir reporté au 3 septembre la publication du plan de relance qui devait paraître 9 jours plus tôt, le Premier ministre est allé devant l’assemblée de rentrée du Medef, le 26 août, pour dire aux grands patrons ce qu’il contenait d’essentiel pour eux. Jean Castex a confirmé que ce plan d’aide aux entreprises serait doté de 100 milliards d’euros, sous forme de prêts garantis par l’État. Il a également précisé que les 40 milliards donnés à la France par l’Europe entraient dans cette somme globale.

Une autre répartition

On peut raisonnablement penser qu’il eût été plus juste de partager ces 40 milliards d’aide européenne entre la Sécurité sociale, l’Unedic et la Caisse nationale de l’assurance vieillesse (Cnav) dont les rentrées de cotisations seront en baisse durable du fait de l’augmentation du chômage et du travail à temps partiel. Les chiffres rendus publics le 26 août dernier font état de plus de 4 millions des chômeurs inscrits sans la moindre activité, soit 560 000 de plus qu’en février.

Mais le gouvernement préfère donner l’argent aux grands patrons. Le Premier ministre leur a également promis une baisse des impôts de production de 10 milliards par an et « une baisse du plafonnement de la contribution économique territoriale » qui privera les communes et les départements d’une partie de leurs actuelles ressources. « Ce plan ne réussira que si nous créons ensemble les conditions de la confiance », a dit Jean Castex devant le Medef, ajoutant même qu’il souhaitait « voir se mettre en place un dispositif d’intéressement dans les petites et moyennes entreprises ».

Moins d’emplois ouvriers

Mais la réalité risque fort de ne pas correspondre à l’optimisme affiché par le Premier ministre devant les patrons. En juillet dernier, une étude de l’Insee, occultée par la presse, indiquait qu’en 2019, « en France, 5,3 millions de personnes en emploi au sens du Bureau international du travail (BIT) sont ouvriers, soit 20% de l’emploi total (…) En 1982, les ouvriers étaient 6,9 millions, soit 30% de l’emploi total ». L’étude précisait que « le repli concerne surtout les ouvriers non qualifiés de type industriel ».

Ces emplois n’ont cessé d’être délocalisés dans les pays à bas coûts de main-d’œuvre. Hommes et femmes, nombres de personnes, parmi les actuels retraités, ont subi ces fermetures de sites, les faisant passer par des périodes de chômage avant de retrouver un emploi, souvent plus mal rémunéré que le précédent. Cela fut notamment le cas dans des branches comme le textile et l’habillement, le cuir, la métallurgie, le caoutchouc et le plastique. Cela s’est également traduit par une moindre pension de retraite que celle qu’ils étaient en droit d’attendre sans ces multiples délocalisations de productions industrielles.

L’artisanat s’en sort mieux

Toujours selon l’étude de l’Insee publiée en juillet 2020, « les ouvriers qualifiés de type artisanal sont les plus nombreux en 2019 (25%). Ils travaillent dans des environnements très diversifiés, rarement en usine. Ils sont maçons, agents d’entretien et de maintenance des bâtiments, cuisiniers et commis de cuisine, bouchers artisanaux salariés, mécaniciens de garages automobiles, jardiniers (…) Depuis 1982, leur part au sein des ouvriers a augmenté de 7 points ». Parallèlement, selon cette étude, la part des ouvriers qualifiés de type industriel comme les fraiseurs, chaudronniers et conducteurs de lignes de fabrication est de 20%, en recul de deux points depuis 1982.

Cette étude nous dit que, globalement, 80% des ouvriers sont des hommes et cette proportion atteint 91% chez les chauffeurs et même 97% chez les routiers salariés, 99% chez les plombiers du bâtiment comme chez les électriciens qualifiés. La part des femmes s’élève à 67% dans les métiers du nettoyage, 40% dans ceux de l’expédition, 31% dans l’emballage et dans le tri des déchets. Si 39% des ouvriers et ouvrières n’ont aucun diplôme en 2019, ils sont aussi 30% à être titulaires du baccalauréat et 41% à disposer d’un CAP ou d’un BEP.

Délocalisations en cause

En réalité, ce qui manque en France, ce sont moins les qualifications ouvrières que les offres d’emplois productifs, après quatre décennies de délocalisations industrielles. En effet, les richesses produites par l’industrie manufacturière sur le territoire national ne représentent plus que 12% du Produit intérieur brut (PIB), contre 23% en Allemagne et de 17 à 23% dans les pays d’Europe de l’Est entrés dans l’Union européenne en 2004 et en 2007.

Les patrons des grandes firmes multinationales ont transféré beaucoup de productions industrielles dans ces pays. En témoigne une autre étude de l’Insee, publiée le 14 février 2018 sous le numéro 1 689. Elle précise que l’industrie manufacturière française a perdu 530 000 emplois en France entre 2006 et 2015 dont 11 700 dans la seule industrie du pneu neuf et rechapé.
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Gérard Le Puill

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