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Attentat de Charlie Hebdo. Chloé Verlhac « continue Tignous »

Le procès des participants à l’attentat contre Charlie Hebdo de janvier 2015 s’est terminé le 16 décembre 2020. Mais comment les proches des victimes vivent-elles aujourd’hui cette tragédie ? Nous avions rencontré Chloé Verlhac, l’épouse du dessinateur Tignous et auteure d’un livre « Si tu meurs je te tue » pour « continuer Tignous »…

Dans votre livre, on lit tout à la fois la douleur, votre interrogation critique sur la prise en considération de votre situation, le statut du dessin de presse et de ses auteurs dans notre société…

Chloé Verlhac : Ce que je raconte dans ce livre c’est la petite histoire dans la grande et, malgré le chagrin et le manque d’humanité, la possibilité de croire à nouveau au bonheur. Tout cela est indivisible et raconte peut-être comment la vie fait finalement se conjuguer souffrance, résistance et résilience.

Tenez-vous cette capacité de Mamie Pola, votre grand-mère, rescapée des camps, éternelle combattante, optimiste, dont l’évocation revient en boucle dans vos pages ?

Chloé Verlhac : Sûrement. Elle me disait : « Je ne veux pas survivre mais vivre. On n’a qu’une vie et il faut l’aimer. » Cela faisait déjà partie de moi lorsqu’on s’est rencontrés avec Tignous, à la Fête de l’Huma. Par rapport à son travail de journaliste politique, il ne voulait pas être encarté mais il n’a jamais oublié d’où il venait. Nous avions des convictions communes, nous nous aimions et nous respections aussi pour cela. C’est après son assassinat que ce que m’a transmis ma grand-mère m’a été utile pour continuer à vivre.

Résistance, Résilience, même combat ?

Chloé Verlhac : Après cet attentat, cet assassinat politique, il me fallait donc entrer en résistance. Il fallait opposer, à l’obscurantisme et à la barbarie, notre humanisme. Il faut se rappeler que l’on venait d’assassiner des journalistes et cela faisait écho aux heures les plus sombres de notre histoire. Je crois que tout le monde (medias, politiques, administrations) a été dépassé par l’ampleur de cet évènement inimaginable pour des esprits sains, à l’aube du XXIe siècle, dans une république démocratique. La reconnaissance de cet évènement et de ses conséquences ne rentrait dans aucune case connue par l’administration et, malgré les promesses qui nous avaient été faites, cela a été cinq ans de combat pour obtenir ce que l’on nous avait promis. Nous avons été très seuls contrairement à ce que l’État a véhiculé comme messages sur notre prise en charge. Nos enfants et moi avions besoin de sortir de cette maltraitance administrative pour que la colère s’apaise et que nous puissions nous reconstruire.

Voilà donc le dessin de presse et ses artisans hissés au rôle de guetteurs, voire de lanceurs d’alertes… ?
Chloé Verlhac : Avant le 7 janvier 2015, le dessin de presse n’intéressait pas grand monde. Seulement 18 dessinateurs ont leur carte de presse ! Or, ils sont devenus, après cet attentat, les fers de lance de la liberté d’expression. Tignous, lui, disait simplement : « Pour énerver les cons, on est manifestement utiles. »

Le dessin de presse est un témoin de la démocratie. C’est comme cela que Tignous l’envisageait. C’était un grand dessinateur. Et c’est ce que je veux laisser de lui, ce dessinateur de génie, tendre et humaniste, un veilleur qui donnait à voir sans condamner.

Vous employez souvent cette expression : « Continuer Tignous ». Comment faites-vous ?

Chloé Verlhac : Il fallait que je me venge, mais ma vengeance ne pouvait être que pacifiste. Alors, puisqu’ils ne voulaient plus, eux les barbares, voir ses dessins, j’allais les noyer sous les dessins. 11 publications (9 livres et 2 calendriers perpétuels) ont vu le jour depuis 5 ans. J’organise de nombreuses expositions autour de son travail et donne aussi de nombreuses conférences.
Et puis, il y a eu l’écriture de ce livre, pour, enfin, parler de l’homme qu’il était et pas seulement du dessinateur. Je me suis posé la question de savoir si j’avais envie de continuer à vivre. Faire vivre l’artiste, c’était le garder vivant et cela m’a aidée les premières années et permis d’accéder à un apaisement pour, aujourd’hui, ne plus être en colère, accepter et pouvoir lui dire au revoir pour continuer, seule cette fois.

Propos recueillis par Pierre Corneloup


Si tu meurs, je te tue

« À tout à l’heure, me dit Tignous en partant à la Conférence de rédaction de Charlie ce 7 janvier 2015. Il m’a envoyé un bisou, je lui ai rendu. Il a refermé le portail, c’est la dernière fois que je l’ai vu. À 11h32, tout vole en éclats. Il est mort… ! Cette phrase terrible, c’est moi qui la prononce…moi seule », raconte Chloé Verlhac.

L’épouse de Tignous signe un livre poignant dans lequel elle se libère de cinq années de souffrances. Page après page, elle reconstitue le puzzle d’une vie fracassée, sans Tignous. Une vie pleine de belles solidarités et de petites lâchetés. Si tu meurs, je te tue raconte une belle histoire d’amour, une belle leçon de vie. « Vivre sans toi, c’était mourir, alors pour vivre, je vais te continuer. » C’est avec cette phrase que Chloé termine le livre. Un livre magnifique et bouleversant. Un livre de résistance et d’espoir. Michel Scheidt


Si tu meurs, je te tue, Chloé Verlhac, 2020, éditions Plon, 18€.


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