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Bernard Chambaz :

Historien, poète, romancier, essayiste, passionné de foot et de cyclisme, Bernard Chambaz, dans son dernier ouvrage « Une histoire vivante des ouvriers », nous entraine à la découverte des prolos du 20e siècle aux premiers de corvée d’aujourd’hui. Un beau livre où textes et images redonnent vie et parole aux travailleurs de notre monde.

Vie Nouvelle : Avec l’épidémie de Covid-19, beaucoup se sont aperçus combien ces millions de travailleurs de l’ombre étaient « des biens essentiels » au fonctionnement de notre société. En travaillant sur cette histoire vivante des ouvriers, vous vous doutiez de son actualité ?

Bernard Chambaz :Oui bien sûr. J’ai commencé l’écriture du livre à l’automne 2019, en plein mouvement social pour les retraites et juste après les gilets jaunes et je l’ai terminé au moment du Covid et de ses conséquences. La dernière photo de l’ouvrage montre d’ailleurs un ouvrier sur une machine avec un masque. J’y tenais car ce qui m’a frappé pendant l’épidémie, au printemps 2020, c’est une prise de conscience, au moins à la marge, de l’existence des ouvriers et de leur utilité. Beaucoup se sont aperçus que la classe ouvrière existait encore.Et puis, à l’automne,tout est redevenu comme avant. Les héros,applaudis hier, les premiers de corvée et autres 2ème lignes, sont redevenus des sans grades.

VN : En préambule du livre, vous dites que l’effacement du monde ouvrier ne signifie pas sa disparition, mais plutôt son glissement vers d’autres formes. Lesquelles ?

Bernard Chambaz : J’ai été professeur d’histoire, mais je ne suis pas historien. Mais je crois qu’il y a deux époques. Celle des 20 glorieuses, entre 1950 et les années 70, puis celle des années 80 à aujourd’hui. Le monde ouvrier des décennies 50 et 60 aune forme plutôt classique et homogène. Il s’identifie bien à une classe sociale importante. Les choses changent ensuite. Valery Giscard d’Estaing, que l’on présente volontiers comme le Président des années heureuses, arrive au pouvoir. C’est sous son septennat que les grands plans de casse industrielle ont débuté. Ça a tapé fort, notamment dans le Nord et en Lorraine.Les délocalisationset le chômage massif modifient la réalité et la perceptionde la vie ouvrière. En 2016, dans « Moi Daniel Blake », un film bouleversant, Ken Loach montre bien les conséquences de cette tragique évolution.

VN : La photo de l’ouvrier masqué qui clôt votre livre ouvre-t-elle une autre phase d’évolution du travail ?

Bernard Chambaz: La crise sanitaire actuelle n’est qu’un aspect d’une crise économique plus globale. Mais elle a des conséquences sur la nature même du travail. Ce qui m’a frappé, c’est le surgissement du télé travail que certains voudraient généraliser. Dans cette histoire, il yaura probablement une évolution sur le long terme. Mais pour ma part, j’ai comme une intuition. J’y vois aussi un bon moyen d’affaiblir davantage encore les syndicats. En travaillant sur l’histoire vivante des ouvriers, j’ai constaté combien la dimension collective du travail était, et reste toujours, fondamentalement liée à la dimension collective du lieu de travail.

VN :Vous semblez porter un regard sensible et plein de nostalgie sur ce monde ouvrier. C’est une impression ?

Bernard Chambaz : Un regard sensible oui certainement. Nostalgique surement pas. Ce monde ouvrier est dur, mais empreint de beaucoup de sensibilité. Par exemple, j’ouvre le livre avec la photo de ces femmes de l’usine de pêcheries à Loctudy. On perçoit à la fois, dans leur tenue et dans leur façon de regarderou de ne pas regarder l’objectif de l’appareil photographique, une forme de dignité au travail et une façon d’être admirable.Il y a aussi celle qui illustre le Front populaire. Ce sont des hommes qui font la ronde en dansant sur un chantier. Sur la photo, ils sont pris en plongée et puis, de l’autre côté de la rue, il y a un certain nombre de personnes qui les regardent.Elle dit beaucoup sur le Front populaire, une forme de joie à la fois forte et innocente. Et puis, il y a cette photo de mineurs polonais qui sont chassés de la mine en 1934. C’est l’inverse. On voit quelques-uns des 77 mineurs et leurs familles expulsés par train spécial pour avoir refusé de remonter de la fosse pour fait de grève. Sur cette photographie, on reste hanté par un petit garçon qui nous regarde droit dans les yeux et par la bouilloire que sa mère tient à la main. Elle a quelque chose de poignant.

J’ai donc plutôt un regard réaliste sur la condition ouvrière du 20e siècle. J’aitoujours été frappé par cette espèce de fierté ouvrière. L’anthropologue Claude Levi-Strauss disait que les intellectuels étaient des concepteurs et les ouvriers des bricoleurs. Je ne partage pas cette distinction. Le travail de l’ouvrier a toujours une part intellectuelle et conceptuelle. Je crois vraiment que chaque période porte les conditions pour que les ouvriers se libèrent d’un certain nombre d’entraves. Il s’agit d’un combat permanent qu’on à poursuivre, à leur manière et dans les circonstances qui sont les leurs, les ouvriers du 21e siècle.

Propos recueillis par Michel Scheidt


« Une histoire vivante des ouvriers », de 1900 à nos jours, Bernard Chambaz , éditions du Seuil, collection beaux livres, 240 pages, 29,90 €


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