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MÉDIAS. COMBATTRE LE CONTRÔLE DES ESPRITS

La société est ébranlée car le système capitaliste est à bout de souffle. Les riches se portent bien, mais ils craignent de voir leur domination sans partage être remise en cause. Alors, tout doit être sous contrôle.

Les milliardaires vont très bien. Merci. Le matelas de billets sur lequel ils se vautrent n’a jamais été aussi épais, malgré la pandémie de Covid-19, au détriment des pauvres qui, eux, sont encore plus pauvres et toujours plus nombreux.

Par mesure d’autoprotection, il leur faut absolument contrôler l’information et plus encore les esprits pour que rien ne change : Bernard Arnault a donc racheté Les Échos, Le Parisien, Radio Classique et vient d’entrer dans le capital de Lagardère ; François Pinault est propriétaire du Point, Vincent Bolloré, lui, a fait main basse sur Canal +, CNews, Europe1 et lorgne sur Hachette (en tant que premier actionnaire de Lagardère), puis une vingtaine de magazines du groupe allemand Prisma Presse (Femme actuelle, Géo, Capital, Gala ou Voici) ; Xavier Niel est actionnaire du groupe du Monde, Télérama, mais aussi France-Antilles, Nice-Matin, quand Martin Bouygues, lui, contrôle le groupe TF1, LCI et s’apprête à inclure le groupe M6 dans son portefeuille ; un nouveau venu, Daniel Kretinsky, un oligarque tchèque, est actionnaire du Monde et a racheté Elle, Télé7Jours, France Dimanche, mais aussi Marianne ; Patrick Drahi, s’il s’est délesté de quelques médias, est propriétaire du groupe BFM TV.

Finalité liberticide

C’est dans un contexte de crise profonde que les milliardaires ont fait main basse sur les médias d’influence pour colporter la fameuse théorie de Margaret Thatcher : « There is no alternative» (TINA). Pour mieux tenter d’asservir nos cerveaux et nos corps, ils ont aussi un relais politique, le gouvernement d’Emmanuel Macron.

Le résultat est inquiétant : on assiste à une débauche législative sans précédent. Tous les textes adoptés jusque-là ou en voie d’adoption, ou presque, ont une finalité liberticide. La pandémie a permis de mettre en place un régime d’exception, plaçant le Parlement sous tutelle, pour museler l’opposition et faire adopter sans encombre ses projets de loi attentatoires à la démocratie.
Si les grands médias sont placés sous surveillance étroite, les libertés syndicales, associatives et politiques ont été également amputées. Si les services publics hospitaliers, la SNCF, l’énergie, la recherche (accusée au terme d’une campagne inouïe de liens étroits avec l’islamo-gauchisme), l’université et l’école sont menacés comme jamais ils ne l’ont été, la culture (théâtre, cinéma, spectacles vivants, musique, festivals, musées, bibliothèques, etc.) a été mise en léthargie.

Attention danger

Armand Mattelart, professeur de sciences de l’information et de la communication, dans un livre sorti en 2007 (La globalisation de la surveillance - Aux origines de l’ordre sécuritaire, éditions La Découverte), montre que « toute politique d’exception se surajoute à des dispositions et des doctrines préexistantes », mais aussi que « le contrôle des corps, leur enrégimentement, implique le “contrôle des cœurs et des esprits”, des volontés ». Depuis la parution de ce livre, les lois liberticides se sont surajoutées, avec Sarkozy et Hollande ; aujourd’hui, Emmanuel Macron tente de peaufiner le dispositif. C’est dans ce contexte qu’il faut appréhender les dangers de la situation et engager la lutte contre les concentrations dans les médias, pour renouer avec la liberté d’informer.

Macron et Bolloré se livrent une guerre sans merci pour un contrôle accru des contenus des médias. De leur affrontement ne sortira qu’un vainqueur, l’encadrement renforcé de l’information au bénéfice d’une faction de droite contre une autre. Mais, les uns comme les autres ont la même vision de la société.

Si l’information est encadrée sévèrement, tout ce qui permet l’émancipation des esprits, d’élargir sa réflexion, ses savoirs, ses connaissances, sa sociabilité, puis de comprendre la marche du monde et de faire reculer les peurs, les préjugés et de démêler le vrai du faux est également dans le viseur : théâtres, cinémas, musées, bibliothèques, spectacles vivants sont menacés.

Défendre la création et l’information

Pendant qu’ils s’en prennent aux libertés fondamentales, Macron et les milliardaires ne cessent de vanter l’innovation (on ne parle plus de progrès) et les technologies numériques, les savoirs à portée de clic dans le cyberespace, omettant de signaler que les technologies ne secrètent pas la démocratie comme le foie secrète la bile.

L’information complète et la culture n’ont plus de place dans une société sécuritaire et de peur. Armand Mattelart peut parler d’une « confiscation consentie de liberté ».

N’est-il pas l’heure de reprendre l’appel de Bertolt Brecht aux travailleurs du cerveau (artistes, comédiens, plasticiens, musiciens, metteurs en scène, journalistes…) de s’unir avec les autres catégories de citoyens pour défendre la liberté de création et d’information dans un même élan et en refusant la confiscation de toutes nos libertés ?

Michel Diard


Travailleurs du cerveau, unissez-vous !

Dans son ouvrage au vitriol, Journalistes, brisez vos menottes de l’esprit, Michel Diard, ancien dirigeant du syndicat national des journalistes -CGT, s’en prend à l’hypocrisie des thèses officielles sur l’objectivité, la neutralité ou l’apolitisme des médias.
En cause, les concentrations résultant de la main mise d’une poignée d’oligarques sur les industries de l’information et de la culture.
Le livre démythifie quelques vérités en revenant sur les décennies mitterrandiennes marquées par le scandale des écoutes, la libéralisation de l’audiovisuel public et l’échec de la loi anti-Hersant qui a conduit au redoublement des concentrations.
Abordant la période actuelle, Michel Diard cloue au pilori le milliardaire breton Vincent Bolloré, patron de la chaîne de télévision ultra droitière CNews, se targuant d’exercer le « final cut dans ses médias »…
Enfin, l’ouvrage dénonce tout à trac la précarisation du métier de journaliste et le « mépris » du président Macron face aux rédactions.
En conclusion, Michel Diard, docteur en sciences de l’information, appelle les « travailleurs du cerveau » à s’unir pour libérer l’information.

Patrick Kamenka

Journalistes, brisez vos menottes de l’esprit, Michel Diard, 2021, éditions Maïa, collection essais, 19€.


 

 

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