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Repères › Santé

SANTÉ. TIRER LES ENSEIGNEMENTS DE LA CRISE

Déjà en bien mauvais état en 2019, qu’est devenu notre système de santé, deux ans après le début de l’épidémie de Covid-19 et à la veille d’une nouvelle vague de contamination ? État des lieux avec le Dr Christophe Prudhomme.

L’épidémie de Covid-19 s’est déclenchée alors que les personnels de l’hôpital public étaient en lutte depuis quasiment un an, autour de trois revendications : la formation et l’embauche de personnels, l’augmentation des salaires et l’arrêt de la fermeture des lits. Du côté de la médecine de ville, la situation n’était guère plus florissante avec un accroissement des déserts médicaux, une médecine générale sinistrée, confrontée à une baisse du nombre de praticiens qui va s’aggraver jusqu’en 2030.

Mobilisation salvatrice

Malgré cette situation, la mobilisation des professionnels a été exemplaire à tous points de vue. Grâce à un volume d’heures supplémentaires massif, une affectation des étudiants pour remplacer les personnels manquants et un retour d’un grand nombre de retraités sur le terrain, le système a tenu. Cela a été possible du fait de l’inventivité et de l’exonération des contraintes administratives et financières que les personnels ont imposées aux directions et aux Agences régionales de santé, complètement dépassées.

Pour les tests et la vaccination, nous avons pu vérifier l’efficacité de notre Sécurité sociale, avec une gratuité des soins qui a permis d’obtenir des résultats rapides, malgré l’imposition autoritaire d’un passe sanitaire peu adapté et dont, aujourd’hui, l’intérêt en matière de santé publique est largement contesté.
Cet automne, le virus est encore présent, mais le nombre de cas graves a fortement diminué grâce à la vaccination. L’activité des médecins de ville et de l’hôpital reprend son rythme habituel et il est de nouveau possible de prendre en charge efficacement les patients, notamment ceux atteints de maladies chroniques, qui avaient été abandonnés pendant les différentes vagues épidémiques.

La crise a laissé des séquelles

Mais cette crise a laissé des marques. Nous constatons que des médecins de ville épuisés accélèrent leur départ en retraite. À l’hôpital, ce sont les personnels soignants qui démissionnent en masse, notamment dans les grandes villes, voire même qui abandonnent leur métier. Il faut rappeler que ce phénomène n’est pas nouveau, mais a tendance à s’aggraver. Les derniers chiffres connus font état de 150 000 à 180 000 infirmières diplômées qui n’exercent plus leur activité. Il en va de même pour les aides-soignantes dont les écoles peinent à recruter des candidates.

Cette situation n’est pas étonnante. Les libéraux qui nous gouvernent ont vite repris les choses en main, afin que l’espoir de certains en un « monde d’après » meilleur n’ouvre pas de possibilités de changements qu’ils ne souhaitent pas. Ainsi, les services statistiques du ministère de la Santé nous ont appris récemment que 5 700 lits avaient été fermés en 2020. Cela s’ajoute aux 100 000 fermés ces 25 dernières années. Pressé tout de même par un état des lieux qu’il ne pouvait plus cacher, le gouvernement a lancé un « grand chantier » très médiatisé, appelé le Ségur de la santé. Que de ronflements et de roulements de tambour pour accoucher d’une souris. En effet, si les maigres augmentations de salaires sont toujours bonnes à prendre, du fait de la faiblesse des salaires dans le secteur de la santé au regard des qualifications et des contraintes horaires, rien n’a été prévu pour les effectifs, donc les lits, et les conditions de travail à l’hôpital.

En ville, la politique de l’autruche est toujours de mise concernant la régulation de l’installation des médecins et les modes de rémunération à l’acte inflationnistes. Cela ne correspond plus aux besoins d’une population vieillissante, atteinte de maladies chroniques, pour laquelle l’intervention et la coordination entre plusieurs professionnels de santé est indispensable.

Au bord de l’effondrement

Nous sommes donc dans une impasse avec un système de santé au bord de l’effondrement et un nombre croissant de patients qui n’arrivent plus à bénéficier de soins adaptés à leur état. À quelques mois de l’élection présidentielle, la question de la santé semble avoir été oubliée et les applaudissements aux fenêtres à 20h sont très loin. La question de la « sécurité » est instrumentalisée avec des discours choquants pour les professionnels de santé qui sont formés au respect de l’autre et des différences ainsi qu’aux valeurs humanistes et du vivre ensemble, fondements de leur exercice. Mais la sécurité, qui devait être la première préoccupation de tout un chacun, est celle de pouvoir rester dans le meilleur état de santé possible grâce à un système de santé public, financé de manière solidaire par la Sécurité sociale.

Faire les bons choix

Quel beau nom d’ailleurs que celui de Sécurité sociale ! De nos jours, l’urgence est de se réinterroger collectivement sur ces valeurs et de savoir si nous souhaitons poursuivre le glissement opéré depuis de nombreuses années, et accéléré par Emmanuel Macron, vers une médecine devenue un service marchand livré aux investisseurs proposant des services payants, couverts par des assurances privées, pour ceux qui pourront se les offrir. Pour les autres, c’est-à-dire les pauvres, il ne restera plus qu’un service public dégradé dans le cadre d’une charité « chrétienne » bien ordonnée.

Les périodes de crise ouvrent la possibilité de changements radicaux. Mais le changement n’a rien en soi de forcément positif, tout dépend des choix et des objectifs. À nous de nous mobiliser, citoyens et personnels de santé, pour que les véritables enseignements apportés par la gestion de l’épidémie imposent, comme solution évidente, le service public et une Sécurité sociale qui prenne en charge l’ensemble des besoins de santé, de la naissance à la mort.

Dr Christophe Prudhomme

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