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UN PRÉSIDENT MAL ÉLU SUR UNE POLITIQUE CONTESTÉE

Emmanuel Macron réélu à la présidence de la République, la logique institutionnelle voudrait que les Français élisent une majorité de députés favorables à son programme. Le problème c’est qu’une large majorité de Français ne veulent pas de cette politique.

En 2017 Emmanuel Macron, jeune candidat « ni de droite ni de gauche » a tiré profit de de la déception qui a marqué les mandatures des présidents de droite et gauche Nicolas Sarkozy et François Hollande et bénéficié d’une campagne médiatique sans précédent.

Le prix de l’expérience

Cinq ans plus tard la « révolution » promise par le nouveau président s’est révélée n’être que la continuation et l’aggravation de tous les maux dont souffrent le pays et ses habitants.

La crise sanitaire a mis à nu les conséquences désastreuses pour la santé des Français des politiques de réduction des dépenses publiques et de privatisation de notre système de santé aux dépends de l’hôpital public. Elle a également révélé l’affaiblissement de notre appareil de production, notamment dans le secteur désormais crucial de la recherche et de l’industrie pharmaceutique.

Un bilan très négatif

Dans le « même temps », celui de la pandémie, les inégalités et la pauvreté explosent, le pouvoir d’achat des salariés et des retraités régresse, tandis que la fortune des plus riches augmente de façon obscène et la part des dividendes distribués aux actionnaires du CAC 40 bat tous les records.
Ce bilan n’a pu être masqué malgré la complaisance coupable des médias à l’égard d’Emmanuel Macron. On le doit aux nombreuses manifestations qui ont jalonné sa présidence : celles des retraités pour leur pension, des gilets jaunes contre l’augmentation des prix, des salariés pour leur pouvoir d’achat, des soignants pour leurs conditions de travail et de rémunération.

Du pain béni pour l’extrême droite

Emmanuel Macron avait aussi promis de réduire l’influence de l’extrême droite : jamais son influence n’a été aussi grande ! Comment pouvait-il en être autrement ? Sa politique néolibérale a produit de la détresse sociale aisément exploitable par les idéologies racistes et xénophobes, d’autant que son gouvernement a multiplié les propos accusant « l’islamo-gauchisme » des opposants à ses lois sécuritaires.

Au vu des mécontentements, voire de la détestation dont faisait l’objet le président sortant, sa stratégie électorale a été d’éviter tout débat et de conforter suffisamment l’influence de Marine Le Pen pour en faire son adversaire repoussoir au deuxième tour de la présidentielle. La division des forces de gauche aidant ça a marché.

Un président légitime, pas sa politique ni son programme

La légitimité de son élection n’est pas contestable mais qu’en est-il de l’adhésion à son programme ? Au 1er tour Emmanuel Macron a recueilli 27,84% des voix, soit 20 % des inscrits, il remporte l'élection présidentielle avec 58,55 % des suffrages, mais avec 13, 5 millions d’abstentions, soit 28 % et 3 millions de votes blancs et nuls. Ajoutons que selon les sondages près de 50 % des 18,7 millions d’électeurs d’Emmanuel Macron ont voté par défaut. Au final ce sont en réalité moins de 10 millions de suffrages sur 47 millions d’inscrits qui peuvent être portés au crédit du président sortant.

Quant à son programme, dont on connait essentiellement quelques mesures, il est lui aussi sérieusement contesté : 66 % des Français rejettent son projet de retraite à 65 ans et autant la réforme de l’hôpital et une large majorité souhaite une augmentation des salaires et des pensions.

Pour sa défense, le président réélu a promis un quinquennat qui ne « serait pas dans la continuité du précédent » et même de changer…mais « de méthode » seulement. La messe est dite : il n’a pas l’intention de renoncer à la casse de l’hôpital public pour subventionner les cliniques privées, de faire subir le même sort à l’école, de freiner la hausse des salaires et des pensions. Mais son bilan et la colère qu’il a suscitée ne vont pas lui faciliter la tâche. Et nous non plus.

Elargir la mobilisation

La campagne des présidentielles avait été l’occasion d’un premier événement : malgré la campagne inouïe de promotion des idées d’Éric Zemmour visant à rendre les immigrés responsables de nos difficultés, c’est le pouvoir d’achat et le social qui ont occupé le devant de la scène.
Ce renversement des motivations électorales est à mettre au compte des nombreuses luttes dans les entreprises et les lieux de vie qui ont précédé et animé la campagne.

La préparation des élections législatives a vu les forces de gauche et écologistes se rassembler, tardivement certes mais l’événement est historique, car l’accord s’est réalisé sur des orientations en rupture avec le modèle économique et idéologique en place depuis 40 ans : le capitalisme néolibéral. La mondialisation elle-même est remise en cause.

L’avènement de cet accord signifie qu’une partie importante des Français a pris conscience de la nocivité de ce système et ce n’est pas la nomination d’Elisabeth Borne comme Premier ministre qui va les rassurer.

Des élections législatives décisives

La mobilisation d’un large mouvement populaire sera la clé des périodes à venir et ce, quel que soit le résultat des élections législatives. Si, comme nous le souhaitons, les député.e.s de la Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale (NUPES) parvenaient à constituer une majorité à l’Assemblée nationale, la mise en œuvre d’une politique rompant avec les intérêts égoïstes des plus riches et des grandes sociétés impliquera une mobilisation inédite. Dans le cas où une majorité présidentielle serait élue la mobilisation sera tout aussi indispensable évidemment.

Dans les deux cas une condition s’impose : le renforcement des retraités CGT au plus près des attentes des retraités. Pour être à la hauteur des enjeux de ce nouveau monde à construire.

Pascal Santoni

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