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Repères › Santé

SANTÉ. CATASTROPHE AUX URGENCES

Face au manque de personnels dans les services d’urgence, la réponse du nouveau ministre de la Santé a été d’organiser un filtrage de l’arrivée aux urgences par un appel au préalable au Samu-Centre15. La réaction du Dr Christophe Prudhomme

Le premier élément à dénoncer est l’opération de culpabilisation des patients qui encombreraient les services car ils viendraient pour de la « bobologie ». Il faut tout d’abord souligner que ce terme n’existe pas en médecine et que la gravité d’une situation ne peut pas toujours être évaluée par le patient lui-même. C’est ainsi qu’une affiche placardée par les ARS dans plusieurs régions n’a pas manqué d’interpeller de nombreux médecins. Elle montre une personne aux cheveux blancs qui se tord de douleur et se tient le ventre, et le message indique « Pour un bobo, j’appelle le 15 ».

Nécessité d’un examen

Tout professionnel de santé, sans être médecin, sait qu’un symptôme de ce type peut être le signe de pathologies qui, sans diagnostic rapide, peuvent entraîner la mort du patient. Or un diagnostic sur une douleur abdominale ne peut se faire par téléphone. Cela nécessite un examen précis incluant la palpation du ventre complétée, si besoin, par une échographie, voire un scanner. Deuxième élément, utiliser les quelques abus, qui ont toujours existé, pour désigner les patients comme boucs émissaires n’a comme seul but que de dédouaner les politiques de leurs responsabilités.

Que disent les professionnels de terrain ? D’une part, les patients qui viennent sur leurs deux jambes et qui repartent avec une simple ordonnance, car finalement leur problème n’était pas grave, ne constituent pas le problème. D’autre part, la cause de l’engorgement des urgences est le manque de lits pour les 20 % des patients les plus graves qu’il faut hospitaliser, pour lesquels il n’y a pas de place et qui restent en attente sur des brancards dans les couloirs.

Causes identifiées

Là, les causes sont connues : les 100 000 lits fermés en 25 ans et le manque de personnels qui entraîne actuellement la fermeture de 20 à 30 % des lits, selon les établissements.
Par ailleurs, demander aux personnes d’appeler systématiquement le 15 a entraîné, cet été, une surcharge de nombreux standards avec des délais de réponse à l’origine de retards de prise en charge catastrophiques. Car bien entendu, les Samu-Centre 15 ont encaissé une hausse brutale des appels sans moyens supplémentaires suffisants. Des appels pour des arrêts cardiaques, situation où le pourcentage de survie est directement corrélé à la rapidité de l’intervention des équipes de secours, n’ont été décrochés qu’au bout de longues minutes d’attente. La conséquence est claire et peut s’exprimer brutalement : plus besoin d’envoyer des secours, un simple médecin pour signer le certificat de décès suffira !

Déni ministériel

Le plus grave est le déni du ministre de la Santé, pourtant urgentiste, qui s’est félicité, courant septembre, de « l’efficacité » de ces mesures et qui a annoncé qu’il va les pérenniser et les généraliser à l’ensemble du territoire. Cette solution est inacceptable car il s’agit d’entériner la mise en place d’un service public dégradé pour l’ensemble de la population. Pire, dans les zones déjà les plus en difficulté, les médecins ont été remplacés par des infirmiers dans les véhicules d’intervention du Samu. Quelle que soit la qualité de la formation de ces infirmiers et des protocoles qu’ils devront appliquer, il est clair qu’il s’agit de la mise en place d’un service public à plusieurs niveaux, selon les territoires. Ce qui est en contradiction totale avec le droit constitutionnel qui prescrit que l’État doit un traitement égalitaire à tous les citoyens en matière de services publics, quel que soit leur lieu de résidence.

Signalements en cours

Face à cette situation, la Fédération CGT de la Santé et de l’Action sociale a demandé à ses syndicats d’engager une démarche de signalement aux procureurs de la République de situations de mise en danger des patients et des personnels. Cette démarche semble efficace puisqu’un certain nombre ont demandé à la police d’auditionner les responsables syndicaux en vue d’une instruction. Cela paraît logique au regard des premières plaintes déposées par des familles, comme à Strasbourg, suite à des décès de patients sur des brancards dans les services d’urgence.

Dr Christophe Prudhomme


Madeleine Riffaud interpelle Nicolas Revel, directeur de l’AP-HP

Grande résistante, cette toute petite mais si grande dame de 98 ans a couvert les guerres du Vietnam et d’Algérie. Le mois dernier la Covid l’atteint. Elle se retrouve aux urgences de l’hôpital Lariboisière. Suite à ce qui fut une épreuve, elle interpelle le directeur de l’AP-HP, Nicolas Revel, dans une très belle lettre ouverte. Extraits :

« …Les infirmières courraient. Complètement débordées, elles distribuaient des "j’arrive ! " Mais personne n’arrivait jamais. Je suis restée 24h sur le même brancard sans aucun moyen de communication avec mes proches … Ah, si j’avais eu un appareil photo comme quand j’étais correspondante de guerre ! Les infirmières voyaient leur vocation réduite en charpie … elles auraient éperdument voulu arriver à s’occuper de chacun. En 1974, je m’étais engagée incognito dans un hôpital parisien, j’ai publié Les linges de la nuit*. Les problèmes sont toujours les mêmes : manque de personnel qualifié, de crédits, l’écart se creuse entre la technique, la médecine de pointe et les moyens mis à sa disposition … Si la pandémie de 2020 a changé quelque chose, c’est en mal, l’État a abandonné soignants comme malades … Je n’ai jamais demandé de passe-droit. J’ai remarqué que mon âge était presque une circonstance aggravante : j’étais trop vieille pour que ça vaille la peine de me soigner (réflexe pris lors de l’épidémie de Covid ?). Moi j’ai des amis, des confrères journalistes, mais tous ces gens qui n’ont personne, que peuvent-ils faire ! Si je peux être leur voix - comme Raymond Aubrac m’avait demandé d’être l’une de celles de la Résistance - alors je le serai. J’ai encore un peu de force, c’est pour la donner. »

Dans un laborieux communiqué l’AP-HP « …regrette très sincèrement la façon dont la patiente a vécu sa prise en charge et le fait qu’elle ait eu le sentiment d’avoir été insuffisamment accompagnée ». Autrement dit : Situation normale. Circulez, il n’y a rien à voir !

Pierre Corneloup


 

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