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Interdiction du glyphosate : quand, où, comment ?

Le sujet fait débat aussi dans la rédaction de Vie nouvelle entre deux journalistes, Gérard Le Puill et Pascal Santoni. Interdire le glyphosate est une évidence pour tous les deux mais les arguments divergent sur la méthode. Confrontation des arguments...

L’agent double de la concurrence


Un vif débat s’est déroulé en mai au Parlement pour savoir si la France devait interdire d’ici trois ans toute utilisation de l’herbicide connu sous le nom de glyphosate sur son territoire, comme l’avait promis Emmanuel Macron, alors que l’Union européenne prolonge son utilisation pendant cinq ans et dit vouloir trouver une solution d’ici cette date. Une majorité de députés a décidé de ne pas inscrire cette date dans la loi alimentation dont le vote a été repoussé à l’automne pour d’autres raisons. Cette majorité a dit non à la promesse de Macron, à la demande de son ministre de l’Agriculture, donc de Macron.

"Interdire le glyphosate en même temps partout en Europe"

Le glyphosate est un herbicide puissant désigné comme cancérogène probable par certains scientifiques. Son usage est massif sur les cultures de maïs et de soja transgéniques en Amérique du Nord et du Sud. Ces deux plantes ont été modifiées pour être résistantes aux herbicides afin de pouvoir les cultiver tous les ans sur les mêmes terres. Mais après des années de monoculture de maïs ou de soja traité au glyphosate, les mauvaises herbes deviennent résistantes à cette molécule. On augmente alors les doses d’herbicides pulvérisées par avion sur de vastes plaines. Voilà comment le nombre de cancers a augmenté à la lisière des zones de cultures du Brésil et d’Argentine qui exportent leur soja pour nourrir le bétail européen.

En Europe, le glyphosate est utilisé sur les champs de colza et de céréales à paille pour détruire les mauvaises herbes et maintenir les rendements. Mais les doses sont beaucoup plus faibles que sur le continent américain et le pulvérisateur est tiré par le tracteur. Comme le blé allemand, anglais, bulgare, roumain peut entrer en France sans droits de douane, est-il pertinent d’interdire l’usage du glyphosate seulement en France au risque de réduire le rendement du blé avec une perte de compétitivité, alors que le prix du blé est trop bas depuis trois ans ? Ne serait-il pas plus juste de l’interdire en même temps dans tous les pays membres de l’Union européenne et de fermer parallèlement les frontières communes de l’Europe aux importations de graines traitées au glyphosate dans les pays tiers ?

La France exporte en Europe et dans les pays tiers 50% de son blé. Doit-elle, dès lors, interdire le glyphosate unilatéralement ou plaider pour que tous les pays européens l’interdisent en même temps ? Ma connaissance des dossiers agricoles me conduit à préférer la seconde option.

Gérard Le Puill


Pour l’interdiction du glyphosate


Le glyphosate, substance jugée cancérogène par l’Organisation mondiale de la santé, n’est autre que le principe actif du Roundup de Monsanto. La question de son interdiction est posée depuis des années. Malgré les promesses d’Emmanuel Macron selon lesquelles la France sortirait du glyphosate dans un délai de 3 ans, l’Assemblée nationale s’est prononcée contre l’interdiction du produit lors de l’examen du projet de loi sur l’agriculture et l’alimentation. Une décision grave pour la santé publique en France.

L’argument avancé par le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, porteur du projet de loi, et les élus de droite : la protection des agriculteurs. Venant d’un gouvernement qui vient de refuser d’augmenter les maigres retraites agricoles, alors qu’un tiers des agriculteurs perçoivent 354 euros par mois, ce serait risible si le sujet n’était aussi grave. La Confédération paysanne avait elle-même réitéré sa demande « d’interdiction du glyphosate dans les 3 ans ». Seule la FNSEA qui représente les grandes exploitations agricoles y était opposée.

"L’engagement de la France aurait pu peser sur les décisions de l’Union européenne"

Personne n’exigeait une interdiction immédiate, au risque de mettre en péril nombre d’exploitations agricoles dans notre pays. Mais la fixation d’une échéance de 3 ans aurait permis d’accompagner l’évolution des modes de culture. « La loi doit au minimum installer une base légale pour une future interdiction du glyphosate, pour crédibiliser le plan d’action de sortie », avait déclaré Pascal Canfin, directeur général du WWF. Tous les amendements, y compris ceux déposés par des élus LREM, ont été rejetés.

Le ministre Travert s’est également opposé à l’interdiction ou à l’encadrement de l’utilisation des pesticides à proximité des habitations ! Il faut savoir qu’en Argentine, pays du soja transgénique et grand épandeur de glyphosate, les cas de cancers ont été multipliés par trois en dix ans.
Autre argument : une agriculture respectant les normes environnementales serait trop chère. Mais si l’agriculture industrielle est moins chère, c’est parce que ce sont les contribuables et la Sécurité sociale qui paient la dépollution des eaux et les maladies générées par les pesticides !

Le reniement de la promesse d’Emmanuel Macron est grave pour une autre raison : l’engagement de la France pour l’interdiction du glyphosate aurait pu peser sur les décisions de l’Union européenne qui a renouvelé la licence de l’herbicide. Il faut continuer d’exiger cette mesure, car il s’agit de l’intérêt de la santé publique dans notre pays, de celle de ses habitants et de l’avenir de notre agriculture.

Pascal Santoni

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