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Intox et suite

Le Premier Ministre a reçu lundi les organisations des étudiants puis les syndicats de salariés pour leur présenter la nouvelle mouture du projet de loi Travail. Ce week end les communicants gouvernementaux et leurs relais dans les médias ont fait feu de tout bois pour tenter de désamorcer l'hostilité grandissante au projet de casse du droit du travail. Sans grand résultat.

Ces jeunes qui manifestent sans savoir...

S'agissant des jeunes précisément, selon un sondage Odoxa pour «Le Parisien», 78% des jeunes sont opposés à la loi El Khomri. Ministres et commentateurs n'ont donc pas hésité à user d'une forme de mépris pour décrédibiliser leur mobilisation : ce projet ne les concernerait pas, mais l'argument a du plomb dans l'aile dès lors qu'il fallait expliquer aux moins jeunes que ce projet réduit certes les droits des salariés mais c'est pour favoriser l'emploi des jeunes...
A la veille du 9 mars, une rumeur est lancée selon laquelle les organisations de jeunesse seraient manipulées par des frondeurs socialistes, un "Baron noir" à l'image de la série éponyme de Canal Plus. Rien n'y fait, 100 000 lycéens et étudiants se joignent aux manifestations du 9 mars.
Le ministre Jean Marie Le Guen explique alors que cela "ne fait pas la démonstration du refus du projet de loi". D'autres avancent sournoisement que les jeunes n'ont pas lu le texte : "pour la plupart des gens qui ont signé la pétition ne connaissaient pas le texte" (Thierry Braillard, secrétaire d'Etat aux Sports) et jusqu'au Premier ministre, Manuel Valls, qui déclare qu'il y a "beaucoup d'expressions aujourd'hui de la part de ceux qui ne l'ont pas lu".

Licencier pour embaucher...

Pour les salariés une batterie "d'arguments" se déploie tous azimuts. Le classique : faciliter les licenciements inciterait les employeurs à embaucher. Il y a 30 ans, papa Gattaz (patron du CNPF, le Medef de l'époque) avait trouvé une formule : "les licenciements d’aujourd’hui feront les emplois de demain" et avait obtenu la suppression de l’autorisation administrative de licencier. Depuis 1986, plus besoin d’autorisation… mais le chômage n'a cessé d'augmenter. Et la multiplication des ruptures conventionnelles, qui permettent à l'employeur de négocier le licenciement directement avec le salarié, s'accompagne d'une flambée du chômage.

Pour le bien des petites entreprises

Vendredi, RTL avait invité Philippe Martinez. Les journalistes qui l'interrogeaient, sans aucune distanciation professionnelle, ont repris à leur compte l'argument selon lequel les petites entreprises n'embaucheraient pas car elles seraient terrorisées par les contraintes du Code du Travail et...la difficulté de licencier. Problème : selon un sondage commandé par des syndicats patronaux, 86 % des petits patrons ne se sentent pas concernés par le projet de loi et 39 % estiment qu'il ne favorisera pas l'emploi.

Les exemples étrangers

Ah ! le modèle allemand. Nous n'aurions pas fait les réformes que l'Allemagne a réalisées il y a 10 ans. Le résultat ? 40 % des salariés allemands font des petits boulots, de l'intérim, ou du temps partiel pour un salaire moyen de 400 € par mois. Mais la baisse du chômage est pour l'essentiel due au vieillissement de la population et la pauvreté s'étend gravement chez les retraités allemands.
"Jamais la pauvreté n'a été aussi importante en Allemagne, jamais les clivages régionaux aussi profonds" dit un rapport des associations d'aide sociale : 12,1 millions de pauvres en 2012, 12,5 millions en 2013.

En Espagne, citée également en exemple, même potion, la situation est plus dramatique. 22,5 % des actifs sont sans emploi, les jeunes de moins de 25 ans connaissent un taux de chômage de...46 % ! Et 700 000 jeunes espagnols ont quitté le pays pour chercher du travail. Comment oser parler de réussite !?
Dans aucun de ces pays on ne constate un lien entre protection des travailleurs et taux de chômage. Tout cela est tellement vrai qu'Emmanuel Macron ce matin a dû convenir que le projet de loi Travail ne visait pas des objectifs d'emploi mais à "faire tomber des barrières".

Recherche désespérement nouveaux éléments de langage

Les "éléments de langage" comme on les appelle pudiquement, qui servent à désamorcer les critiques ou à les prévenir, en évitant d'aborder les vraies questions, sont de moins en moins opérationnels : jeudi 17 mars les jeunes et de nombreux syndicats de salariés appellent à une nouvelle journée d'actions et de manifestations.

Le 17 mars et le 31 mars

Le bricolage du projet annoncé ce lundi, s'il a, sans surprise, satisfait la CFDT, n'a pas convaincu les sept syndicats, ni les organisations de jeunesse, qui appellent à manifester et à faire grève le 31 mars pour protester contre le projet de loi El Khomri, pour demander son retrait et une véritable concertation pour la réforme du Code du Travail. La CGT dans ce but a déposé auprès du Premier Ministre un projet à débattre de "Code du Travail du XXIe siècle".

Les retraité-e-s en seront et nombreux.

Pascal Santoni

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