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LA BARBARIE N'A PAS DE RELIGION

Les différents témoignages sortis en ce moment – après des années de silence – de l'horreur franquiste qui s'est acharnée sur les enfants de républicains assassinés dans les années 1940 à 1960 prouvent à quel point l'argument consistant à dire que la religion musulmane serait plus dangereuse que la chrétienne tombe d'elle même.

Le clergé espagnol a semé l'horreur dans les familles en martyrisant particulièrement les enfants et les mères après avoir tué les pères. Et c'est une boucherie de grande envergure que l'on a édulcorée pendant des dizaines d'années.

J'en tire le sentiment que la barbarie, qu'elle soit organisée par des nazi athées, des prêtres franquistes ou des imams islamistes est de même nature. Oublier cela c'est se prêter à la confusion entre croyance et barbarie, chacun tirant à soi la "civilisation" qui l'intéresse. Le genre humain doit se débarrasser de la bête qui gronde en lui à la faveur des crises d'un système fondé sur l'écrasement des faibles et la protection égoïste des forts.

La laïcité française a été créée pour tuer la bête et permettre à chacun de vivre la citoyenneté et la diversité philosophique, religieuse ou non dans le respect de chacun. Ce n'est pas de la neutralité. C'est un état d'esprit qui dépasse la dictature des comportements dits communautaires qui, au fond, ferment le banc à l'ouverture au monde extérieur.

Yvon Huet


Un témoignage édifiant et douloureux sur le sort réservé aux enfants des Républicains assassinés. Pour éradiquer le «gène rouge» du marxisme, des milliers d'enfants ont été  déclarés mort-nés afin d'être confiés à des couples stériles, des familles d'adoption proche du pouvoir national catholique. Et cela jusqu'en 1980...

CHAQUE NUIT, UN ENFER.

«Là bas, il fallait être très laid pour échapper aux abus des curés, éviter qu’ils te tripotent. Ils entraient même dans nos lits et personne ne te protégeait. Les religieuses se taisaient, tout le monde se taisait et chaque nuit était un enfer.

Les plus petits, nous étions emmenés à un centre religieux à Vegueta, près de la place Santo Domingo. Je crois que je devais avoir 7 ans, je m’y trouvais avec d’autres enfants dont les parents avaient été assassinés par les phalangistes. Quand ils m’y ont emmené en voiture depuis Aguimes, il y avait deux enfants plus jeunes, originaires de Tunte. Nous étions silencieux tous les trois. Sur la route de La Laja, je voyais les gouttes de pluie qui ruisselaient sur les vitres comme des larmes et tout au fond, les vagues qui se brisaient sur les rochers de la Marfea. Des années plus tard, j’ai appris que c’est là qu’ils avaient jeté le corps de mon père enfermé dans un sac, pieds et mains liées. Des centaines d’hommes et de femmes ont connu le même sort, au même endroit, juste parce qu’ils pensaient différemment.

L’hospice avait un patio avec des palmiers, des cages à canaris qui nous regardaient, étonnés, comme s’ils comprenaient notre désarroi. Nous étions des oiseaux perdus sur le chemin sans le réconfort d’une mère. C’est ainsi que je me sentais dans cet hospice, avant d’aller à la Maison de l’enfant. Les premiers jours, je pleurais tout le temps, la discipline était très dure avec ces religieuses. Elles nous battaient pour un rien, juste pour parler entre nous, elles nous tapaient sur la tête avec une règle de bois, elles nous mettaient à genou avec des livres dans les bras pendant des heures et si l’une d’elles nous voyait nous reposer, elle nous mettait des orties dans la bouche.

Le pire dans cet enfer, c’était Don Segundo, l’un des curés de la paroisse de la paroisse de Santo Domingo qui venait nous donner des cours de catéchisme. Il m’enferma plusieurs fois dans une pièce où les religieuses entreposaient les outils de jardinage. La première fois, il me dit:» Ce que nous allons faire, tu ne dois le dire à personne car sinon, tout va sentir le soufre, le diable t’apparaitra avec une queue et des cornes, il te piquera avec un grand couteau et t’emportera».

Le diable me terrorisait. Alors il me tripotait, suçait mes organes génitaux, me déshabillait et frottait son pénis sur mon derrière. Il faisait ça aussi avec mes compagnons, même les plus petits de 5 ou 6 ans, des enfants tristes qui avaient assisté à l’assassinat de leurs parents. Le plus grave, c’est que les religieuses savaient ce qu’il faisait. Elles en parlaient comme «des choses de Don Segundo», elles en riaient entre elles comme s’il s’agissait d’un aimable plaisanterie».

Témoignage de Matias Rodriguez Trujillo, orphelin d’un père assassiné par le franquisme, interné à l’hospice de Santo Domingo puis à la Maison de L’enfant entre 1936 et 1948.

Interview réalisée par Francisco Gonzales Tejera, plage d’Arinaga, 17 novembre 1995. viajandoentrelatormenta.com


Photo de Une : extraite du film « Les Ombres de la Mémoire » chez Creav At

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