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La culture en souffrance

Le monde de la culture, réduit à environ un petit pour cent du budget national, est, particulièrement pour le spectacle vivant, le grand oublié des priorités. Les nourritures « spirituelles » ont perdu presque partout la voix, l’ouïe et la vue.

Un voisin me le confirme, la bouchère, chez qui je vais régulièrement, ne mâche pas ses mots : « Nous, on a eu de la chance, on va pouvoir prendre des vacances en novembre après une période où les affaires ont plutôt bien marché. » Côté centre culturel, ce n’est pas le même refrain.

Les spectacles ont été presque tous annulés. Et les boutiques, hors alimentaire, qui se sont accrochées, ont eu bien du mal à faire face à la toute-puissance du pachyderme Amazon qui tue la vie des quartiers, particulièrement des centres-villes, et qui, pendant la pandémie, a fait un carton de plus avec sa batterie de cartons. Malgré tout, pour ne pas sombrer dans le catastrophisme, de nombreuses librairies ne se sont pas écroulées grâce à une activité imaginative et au soutien de leurs lecteurs.

Festival d’annulations

Certes, il y a eu le fameux épisode du Puy du Fou, joujou de luxe du vendéen Philippe de Villiers, dont la dérogation a mis en colère tous les organisateurs de festivals et, ce n’est pas rien, ceux de la Fête de l’Humanité, le plus grand événement culturel populaire en France, qui ont dû s’adapter aux contraintes du moment. Ce fut un épisode significatif de l’état d’esprit de l’équipe gouvernementale en place, une goutte dans la mer face aux dégâts directs sur l’emploi des professionnels du spectacle, certes, mais aussi sur l’épanouissement de vie de chacun en France, pour s’en tenir à l’Hexagone, dans un contexte où le monde de l’éducation a été mis à l’épreuve.

Madame Bachelot, ministre de la Culture, reconnaît, elle-même, qu’il n’y a rien de plus cruel pour un artiste que de ne pas pouvoir se produire devant un public. Les salles vides ont un air de réfrigérateurs et chacun essaie de tenir avec les possibilités du net, comme pour les autres activités créatives et productives. Résultat : faillites en cascade, désespérance et ticket gratuit pour la pauvreté pour beaucoup, même si des moyens ont malgré tout été mis en œuvre pour en limiter l’ampleur, faisant croire que cela suffisait pour contenir la casse.

La doxa imposée au plus grand nombre a mis en évidence les fragilités d’une société fondée sur le consumérisme de masse, dans les conditions ubuesques qui caractérisent les mégapoles et, en ricochet, l’ensemble des territoires. Il aurait été possible, en y mettant les moyens, de sauver la représentation d’un certain nombre de spectacles, mais l’expéditif et la facilité l’ont souvent emporté, via les injonctions préfectorales, une place sur la plage étant plus facile à contrôler que la mise en sécurité sanitaire d’une salle de spectacle ou d’une production en plein air.

Changer la donne

Quel que soit le département, on assiste à un véritable écroulement économique des sociétés de spectacles qui font vivre les intermittents et tous ceux qui, dans la chaîne de la production, concourent à l’élaboration et au fonctionnement des représentations. Il est impossible, aujourd’hui, de faire un bilan précis des dégâts, mais on sait déjà que ce sera lourd. Le gouvernement prend les devants en annonçant des moyens à la hauteur de l’enjeu. On a déjà vu ce que cela signifiait pour le système de santé. On a toutes les raisons de douter.

Argument supplémentaire pour lutter, dans le cadre général des revendications sociales du monde du travail, pour que la culture ne soit plus soumise au nivellement par le bas. Après le déluge, que peut-on faire ? Reconstruire, certainement, mais surtout en profiter pour changer la donne par un immense chantier qui doit nous sortir à l’évidence du supplément d’âme, parce que la culture, c’est le vrai centre de la vie.

Yvon Huet


Le son de Pascal

Pascal Schmitt est régisseur son dans les Pyrénées-Orientales. Membre du bureau du Syndicat national des Professionnels des Activités culturelles CGT, il est le seul représentant de l’activité événementielle. Pour son travail, sa rémunération est en moyenne de 1500€ nets par mois. Adhérent au régime spécifique des intermittents, il doit justifier de 507 heures pour avoir droit aux avantages de l’assurance chômage régie par les annexes 8 et 10 du statut. Depuis le confinement de mars, il n’a eu que 7 petits contrats qui ne lui permettront pas de satisfaire aux exigences requises. Certes, le principe de l’année blanche lui permet malgré tout d’avoir des revenus.

« Dans le département, nous dit-il, trois des quatre sociétés de productions de l’événementiel vont déposer le bilan. Sur le plan national, on s’attend à une sur deux. Un milieu qui était sous payé ne le sera plus du tout, dans un contexte où les mairies aident, certes, mais payent toujours à trois mois, avec une politique de moins disant, vu la restriction générale des budgets. Les annulations des festivités comme les bals et autres animations populaires ont porté le coup de grâce aux professionnels. »
Et de poursuivre : « Lutter pour la clarté passe aussi par la transparence sur les disparités qui freinent les capacités de rassemblement dans la lutte, quand on sait que pour un même travail on reçoit du simple au double, voire au triple, en fonction des territoires et des entreprises. La crise extrême que nous vivons doit nous obliger à abandonner les corporatismes et en sortir par le haut. »


 

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