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Médias. Exigence de liberté

L’information vérifiée, sérieuse et pluraliste, permettant aux citoyens d’être éclairés sur la réalité, n’a pas été au rendez-vous pendant la pandémie. Retour sur images avec Emmanuel Vire, secrétaire général du Syndicat national des journalistes CGT (SNJ-CGT).

Vie nouvelle : Dès les premiers symptômes de la crise, la plupart des grands médias, publics et privés, se sont contentés de relayer la communication officielle. L’érigeant le plus souvent en vérité absolue. Quel regard portes-tu sur ces comportements ?

Emmanuel Vire : Le traitement médiatique de l’épidémie ne nous a pas surpris. Il est même pour nous très révélateur d’un système à bout de souffle. C’est pour cela que, dès le 18 avril, le SNJ-CGT a publié un communiqué1 intitulé « Médias et pandémie : oser poser les bonnes questions ». Dès le début du confinement, les médias ont été classés parmi les « activités indispensables à la nation », afin que la liberté d’expression et d’information soit garantie. Les journalistes et l’ensemble des salariés des médias se sont mobilisés dans des conditions difficiles pour pouvoir continuer à informer les citoyens. Ils ne se vivent sûrement pas en héros et savent bien qui était en première ligne (soignants, livreurs, caissières…). Il faut distinguer le travail au quotidien des « soutiers de l’information », tous ces journalistes au niveau local ou national - souvent précaires - qui essaient d’informer les citoyens, de la réalité de l’information diffusée et de l’omniprésence des chaînes d’infos en continu. Cela avec une donnée fondamentale qui explique cette impression d’une information qui s’apparente plus à de la communication : une poignée de milliardaires a fait main basse sur la grande majorité des médias avec des conséquences dramatiques sur le pluralisme.

 

VN : Radios et télés ont largement donnés la parole aux médecin, spécialistes, et autres scientifiques livrant des avis contradictoires qui se sont répandus plus rapidement que le virus. Surinformation ou désinformation ?

E.V. : La place des « experts » dans les médias a toujours été contestée par le SNJ-CGT. Pendant le confinement, on a atteint le summum. J’avais l’impression d’avoir une alternance quotidienne entre la communication officielle du gouvernement et les explications des fameux scientifiques et docteurs en tous genres. Il y a eu un emballement autour du besoin des citoyens d’être rassurés sur de possibles traitements et un avenir meilleur. Pour éviter aussi de traiter les questions gênantes alors qu’elles étaient nombreuses : flou de la stratégie sanitaire gouvernementale, retards de l’exécutif, raisons du manque de matériel de protection, de tests, état de l’hôpital public… La crise sanitaire doit nous permettre de nous interroger sur la place et les discours surannés de ces fameux experts omniprésents dans les médias.

VN : Avec la psychose généralisée, liée à la peur du covid-19, ainsi que le désir de tout comprendre sur le fléau, la galaxie Internet s’est-elle révélée comme une évolution incontournable de l’information ?

E.V. : En effet, les audiences sur internet, en général, et l’ensemble des sites de presse ont explosé. Tout comme, d’ailleurs, les audiences des télés et radios et de leurs sites respectifs. Cela pose à la fois le problème du modèle économique des médias et de leur temporalité. D’abord, cette digitalisation extrême de l’information repose encore, dans la plupart des groupes de presse, sur les profits réalisés grâce aux publications papier. À l’exception de quotidiens comme Le Monde ou Le Figaro, les éditeurs historiques n’ont pas encore trouvé la martingale. Car ils se heurtent à la question du contenu de l’information et de son immédiateté.
Pour se distinguer, pour apporter aux citoyens une information éclairée, vérifiée, il faut accorder du temps aux journalistes, alors qu’on leur demande tout l’inverse avec l’irruption d’internet et des nouvelles technologies. Internet est un moyen, mais ne doit pas changer la nature du métier de journaliste qui, comme le disait Albert Londres, « n’est pas de faire plaisir, non plus de faire tort, il est de porter la plume dans la plaie ».

 

VN : Tu as eu l’occasion de dire que, malgré tout, la période a également été propice à des reportages, enquêtes et décryptages salutaires. Par exemple ?

E.V. : Bien sûr et heureusement. Si le SNJ-CGT dénonce en permanence le manque de pluralisme dans la presse, il reste encore beaucoup d’espaces de liberté ! Les multiples reportages, enquêtes et décryptages sur les lacunes et mensonges du pouvoir sont là pour le prouver. Jusqu’à l’enquête minutieuse de Mediapart sur le scandale d’État de la gestion des masques. Beaucoup de journalistes ont fait leur travail pour raconter le quotidien de ces travailleurs de l’ombre qui ont permis de ravitailler la population. Dont bien sûr notre presse syndicale à travers toutes les publications comme Vie nouvelle et la Nouvelle Vie Ouvrière.
Le problème, c’est que la presse indépendante est très fragile et qu’elle est la première à souffrir de la crise sanitaire. Face à des mass-médias possédés par des milliardaires, il est urgent d’aider les titres indépendants à survivre en réorientant massivement les aides directes à la presse (plus de 400 millions d’euros par an).

Propos recueillis par Michel Scheidt pour Vie nouvelle

1 : https://snjcgt.fr/2020/04/18/medias-et-pandemie-oser-poser-les-bonnes-questions/

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