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Allons enfants de 75 langues

Tout en ne parlant que le français dans notre immense majorité, nous sommes les héritiers de dizaines de langues, romanes ou non, avec leurs multiples déclinaisons en dialectes et patois. Le point sur un riche patrimoine.


Professeur émérite de linguistique à l’université de Haute-Bretagne à Rennes, et directrice du laboratoire de phonologie à l’École pratique des hautes études à la Sorbonne, Henriette Walter navigue à contresens de la tendance majoritaire. Selon elle, « il n’y a aucune hiérarchie de valeur à établir entre langue, dialecte et patois ». Alors que l’intelligentsia française qui, baignée de grec et de latin, n’a jamais voulu imaginer qu’en France on puisse parler une autre langue que le français et cela depuis François 1er jusqu’en 1951 où les langues régionales ont alors été reconnues avec la loi Deixonne.

Aujourd’hui, 13 des 75 langues reconnues font l’objet d’un enseignement public : le basque, le breton, le catalan, l’occitan, le corse, le tahitien, 4 langues mélanésiennes, le gallo, le francique et l’alsacien. Depuis 2008, la France reconnaît les langues régionales comme appartenant au patrimoine national certes, mais elle ne reconnaît toujours pas la charte européenne des langues régionales et minoritaires, contraire à l’article 2 de la constitution.

Les Français fâchés avec leurs origines ?

Au chapitre des vexations culturelles du siècle dernier, comment ne pas citer l’exemple d’un paysan breton de la pointe Saint-Mathieu qui me rappelait un souvenir douloureux de sa jeunesse, à l’aube de la deuxième guerre mondiale : « Mon instituteur m’accrochait une cloche de vache dans la cour de récréation quand par mégarde je me mettais à parler breton. »
Les seules langues régionales françaises qui aient vraiment résisté à l’élimination sont l’alsacien et le corse, parlés respectivement par 700 000 et 165 000 citoyens dans leurs départements. Mais cet exemple confirme la marginalisation de toutes les autres.

Retour aux sources et apport extérieur

Depuis une trentaine d’année, les principales langues régionales ont repris des couleurs et sont réhabilitées, dans un contexte où souvent le repli identitaire, attisé essentiellement par des groupes d’extrême droite, brouille les cartes alors que ces langues sont la richesse partagée de tout un pays.

Certes, des siècles de marginalisation et une histoire centralisée autour du français ne peuvent s’effacer, mais la tendance est à une recherche des langues perdues dans le feu de l’histoire. Aujourd’hui, le réapprentissage des langues régionales et leurs déclinaisons dialectales ne se fait presque plus par la transmission. Le relais est pris par l’enseignement et la vie associative, constituant ainsi un rebondissement d’une diversité culturelle qui s’ajoute à celle de l’immigration.

Contrairement aux idées reçues, le français s’enrichit de tous ces apports, les dangers d’appauvrissement étant dus à d’autres causes : la progression de l’illettrisme et la marginalisation sociale et culturelle d’un côté et la robotisation des tâches poussant à une uniformisation forcée de l’expression, de l’autre. Histoire d’en rire, on peut jurer que si vous tapez « bon dia » ou « kenavo » sur votre mobile, vous risquez la correction « diamètre » ou « krach ».

Pour en savoir plus sur cette passionnante odyssée des rapports entre le français et les langues régionales, on peut consulter le site Canal Académie où les conférences d’Henriette Walter sont enregistrées. On peut aussi se procurer ses nombreux livres, dont « Aventures et mésaventures des langues régionales ».


Yvon Huet

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